PRES : le Sénégal n’engrangera que 311 milliards sur 762 attendus

Fishermen bring in their catch near the shore of a vibrant Senegalese coast.Photo : Amaury Michaux / Pexels

Le Plan de redressement économique et social (PRES) du Sénégal, pierre angulaire de la stratégie budgétaire du gouvernement d’Ousmane Sonko lancée en août 2025, affiche une trajectoire de recettes nettement inférieure aux prévisions initiales. Selon le rapport de la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale, 174 milliards F CFA ont été collectés à ce stade, pour un plafond projeté de 311 milliards en fin d’exercice. L’écart avec la cible de 762,9 milliards F CFA dépasse 450 milliards, soit près de 60 % des recettes attendues qui ne se matérialiseront pas dans le calendrier annoncé.

Un calibrage des recettes du PRES fragilisé par trois chantiers

La contre-performance du PRES tient à trois gisements fiscaux qui n’ont pas livré ce que leur conception promettait. La régularisation foncière, chiffrée à 100 milliards F CFA, a été reportée à l’horizon 2027-2028 en raison de contraintes juridiques et du caractère volontaire du dispositif, difficilement compatible avec un rendement budgétaire rapide. La renégociation des concessions des opérateurs de télécommunications, évaluée à 50 milliards, demeure selon la Commission « tributaires de négociations non achevées ». Ces discussions, qui concernent les titulaires historiques de licences au Sénégal, s’inscrivent dans un cycle long où le régulateur et le ministère des Finances doivent concilier maintien de l’investissement et captation de rente.

Le troisième point noir provient de la Loterie nationale sénégalaise (LONASE). Ses recettes mensuelles, qui avoisinaient 15 milliards F CFA en début d’année, sont tombées sous la barre des 4 à 5 milliards après le relèvement de la fiscalité sur les jeux. Le rapport parlementaire impute cette chute à un « déplacement d’une partie des joueurs vers des plateformes illégales ou vers d’autres pays de la sous-région ». Le phénomène rappelle la trajectoire observée au Kenya en 2018, où le relèvement brutal de la taxe sur les paris avait divisé par deux le chiffre d’affaires du leader SportPesa avant un recalibrage législatif. Le Sénégal se trouve désormais face au même arbitrage entre pression fiscale et préservation de l’assiette.

Transferts d’argent : un virage vers la taxation des opérateurs

Face à ces blocages, l’exécutif reconfigure la fiscalité des services financiers numériques. L’idée initiale de taxer les transactions individuelles de transfert d’argent est abandonnée au profit d’une « taxation progressive du chiffre d’affaires des opérateurs », formule retenue par la Commission des finances. Ce basculement, discuté avec les acteurs du secteur qui, selon le rapport, « n’ont pas soulevé d’objection particulière », vise à « faciliter le contrôle et préserver l’inclusion financière ».

Le gouvernement envisage par ailleurs de supprimer le droit de timbre de 1 % appliqué aux paiements en espèces inférieurs à 100 000 F CFA, un prélèvement qui pesait sur les petites transactions des ménages et commerçants. Ce rééquilibrage traduit la prise de conscience d’un effet rebond : taxer directement l’usager du mobile money dans une économie où plus de 70 % des adultes utilisent au moins un service financier numérique selon les données publiées par la BCEAO ces dernières années revient à comprimer la base plutôt qu’à l’élargir. Le modèle visé rejoint celui expérimenté par la Côte d’Ivoire, qui a privilégié depuis 2023 une taxation ciblée sur les opérateurs plutôt que sur les flux individuels.

L’équation budgétaire 2026 sous tension

Ces ajustements interviennent à quelques semaines du vote de la loi de finances initiale pour 2026, dans un climat parlementaire marqué par des réserves que le ministre des Finances a lui-même qualifiées de « fondées ». La reconnaissance est inhabituelle et traduit l’étroitesse de la marge de manœuvre budgétaire du pays. Le Sénégal doit en effet composer avec un déficit public hérité qui a conduit en 2024 à la suspension du programme avec le Fonds monétaire international, après la révélation de passifs non comptabilisés sous la précédente mandature.

Le défaut de 450 milliards F CFA n’est donc pas qu’un problème de recouvrement : il contraint directement la capacité du gouvernement à financer ses engagements de dépenses sociales et d’investissement sans recours accru à l’endettement intérieur, dont les taux ont sensiblement augmenté sur le marché régional de l’UEMOA depuis 2024. La soutenabilité du PRES, et plus largement la crédibilité de la trajectoire budgétaire présentée aux partenaires financiers, dépendra de la capacité de l’exécutif à produire, dès le premier trimestre 2026, des mesures de rendement rapide susceptibles de combler l’écart constaté par les parlementaires.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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