UEMOA : une note plaide pour un franc CFA au service de la production

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

Six ans après la réforme de la coopération monétaire entre Paris et les capitales de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le débat sur le franc CFA reste ouvert. Dans une note publiée par Financial Afrik, l’économiste Lo Ciré Gaydel propose d’écarter l’alternative binaire entre maintien et sortie de la monnaie commune, pour examiner une troisième hypothèse articulée autour du financement de l’appareil productif. L’auteur place sa démarche dans le prolongement de la réforme de 2019, dont il reprend la référence à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) comme document de travail.

Une réforme de 2019 restée inachevée

La réforme engagée en décembre 2019 a mis fin à deux symboles hérités de la période coloniale : la centralisation des réserves de change de la BCEAO auprès du Trésor français et la présence de représentants français dans les instances de gouvernance de l’institut d’émission. En revanche, deux piliers techniques ont été préservés : la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité illimitée accordée par la France. Côté africain, la perspective d’un basculement vers une monnaie commune ouest-africaine, l’Eco, portée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), reste suspendue à la convergence des critères macroéconomiques, régulièrement reportée depuis le début des années 2000.

C’est dans cet entre-deux institutionnel que l’auteur situe sa contribution. Pour lui, le choix du régime monétaire ne saurait se résumer à la seule question du drapeau figurant sur les billets. « La question fondamentale n’est pas seulement de savoir quelle monnaie utiliser, mais de déterminer dans quelle mesure notre système monétaire contribue au financement de la production, à la création d’emplois, à l’industrialisation et à la transformation structurelle de nos économies », écrit-il dans Financial Afrik. Le propos entend déplacer la discussion du terrain politique vers un examen des mécanismes de crédit et de change.

Quatre leviers pour un cadre monétaire orienté développement

La note identifie quatre leviers de travail. Le premier porte sur la maîtrise collective, par les huit États membres, des arbitrages monétaires. Le deuxième concerne le financement du tissu productif. Le troisième interroge l’adaptation du régime de change aux structures réelles des échanges. Le quatrième renvoie à la transformation des économies elles-mêmes, condition sans laquelle les autres chantiers resteraient théoriques.

Sur le financement, l’auteur propose d’orienter prioritairement les concours bancaires vers plusieurs secteurs : chaînes de valeur régionales, infrastructures, industrie manufacturière, agro-industrie et agriculture. Les critères d’octroi suggérés pour les refinancements, du côté de la BCEAO comme des institutions de financement du développement, comprennent la capacité de remboursement, les emplois générés par le projet, son potentiel à l’exportation, la valeur ajoutée localement et la maturité technique du dossier. L’enjeu est connu : dans l’UEMOA, le crédit bancaire reste très concentré sur le court terme et les grandes entreprises, et la bancarisation des très petites et moyennes entreprises demeure l’un des points faibles identifiés de longue date par la BCEAO.

La parité fixe en débat

La question du change constitue le volet le plus sensible. « La parité fixe avec l’euro demeure-t-elle le régime de change le mieux adapté aux objectifs de transformation productive de l’UEMOA, compte tenu de l’évolution de ses structures économiques et commerciales ? », interroge Lo Ciré Gaydel. L’auteur assume une position de prudence : il écarte l’idée d’une dépréciation automatique comme celle d’un financement monétaire sans garde-fou, préférant soumettre toute évolution à une évaluation empirique.

Trois configurations sont ainsi mises en comparaison. La première conserve l’ancrage à l’euro tout en réformant les circuits de financement. La deuxième introduit davantage de flexibilité dans le régime de change. La troisième construit un cadre monétaire régional explicitement orienté vers le développement. Chaque option devrait, selon l’auteur, être évaluée au regard de la compétitivité, de la structure des échanges, de l’inflation, du niveau des réserves de change, de l’endettement extérieur et de la résilience aux chocs. Le souvenir de la dévaluation de janvier 1994, qui avait divisé par deux la valeur extérieure du franc CFA et pesé lourdement sur le pouvoir d’achat urbain, continue de peser dans les mémoires et dans les administrations financières de la zone.

L’auteur conclut par un avertissement : « Une monnaie plus flexible, en l’absence de capacités productives suffisantes, peut simplement rendre les importations plus coûteuses. » La méthode qu’il propose repose sur cinq étapes successives, du diagnostic empirique à la concertation régionale, en passant par l’évaluation des besoins de financement, la simulation de scénarios et le test d’instruments ciblés. Une feuille de route qui, si elle venait à prospérer, supposerait une convergence politique entre les capitales de l’UEMOA que l’actualité récente, marquée par les tensions avec plusieurs États sahéliens, rend aujourd’hui incertaine.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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