Ahmed Attaf à Niamey pour relancer le dialogue Alger-Niger

A nighttime cityscape of Alger Centre, featuring the illuminated Maqam Echahid in the background.Photo : Chakib Remache / Pexels

La visite du chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf au Niger traduit la volonté d’Alger de recomposer son influence sur sa frontière méridionale, longue de près de 1 000 kilomètres. Mandaté par le président Abdelmadjid Tebboune, le ministre se déplace à Niamey avec un mandat large couvrant la sécurité transfrontalière, les infrastructures énergétiques et la gestion des flux migratoires. L’initiative scelle, dans les faits, le dégel d’une relation bilatérale restée largement suspendue depuis l’été 2023.

Une relation bilatérale convalescente depuis juillet 2023

La prise du pouvoir par le général Abdourahamane Tiani, le 26 juillet 2023, avait brutalement rebattu les cartes entre Alger et Niamey. L’Algérie, hostile aux changements anticonstitutionnels mais tout aussi réticente à une intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), s’était retrouvée dans une position inconfortable. Sa proposition de médiation en six mois, formulée à l’automne 2023, avait été poliment éconduite par les nouvelles autorités nigériennes, qui lui reprochaient une lecture trop proche des exigences de la CEDEAO et une proximité avec Paris jugée embarrassante.

Le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’organisation ouest-africaine, acté en janvier 2024 puis consolidé par la Confédération des États du Sahel (AES) en juillet 2024, a profondément modifié le paysage. Alger, qui avait laissé passer l’orage, se retrouve devant un bloc sahélien structuré, tourné vers Moscou pour la sécurité et courtisé par Ankara, Téhéran et les capitales du Golfe pour les contrats.

Sécurité frontalière et gazoduc transsaharien en toile de fond

Le dossier sécuritaire reste le socle incontournable de la relation. La bande frontalière Agadez-Tamanrasset concentre un trafic d’armes, de migrants et de carburants qui irrigue les groupes jihadistes actifs dans l’Aïr et au nord de Tillabéri. La suspension, par Niamey en novembre 2023, de la loi anti-trafic de 2015 a réactivé des routes migratoires que l’Algérie subit de plein fouet, avec plusieurs milliers de refoulements mensuels au poste frontière d’In Guezzam. Un cadre de coopération réactualisé figure parmi les attentes algériennes.

Le second grand dossier est énergétique. Le projet de gazoduc transsaharien, dit NIGAL, imaginé dès les années 1970 entre le Nigeria, le Niger et l’Algérie pour acheminer environ 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la Méditerranée, est officiellement relancé depuis l’accord tripartite de juillet 2022. Sa section nigérienne, longue d’environ 840 kilomètres, traverse des zones sensibles qui exigent une entente politique stable entre Alger et Niamey. La volatilité institutionnelle au Niger et la concurrence du corridor marocain Nigeria-Maroc, défendu par Rabat, rendent la relance diplomatique d’autant plus urgente pour Sonatrach et les autorités algériennes.

Alger face à l’Alliance des États du Sahel

La diplomatie algérienne cherche une ligne de crête. Elle refuse de reconnaître formellement l’AES comme un interlocuteur régional institué, pour ne pas fragiliser davantage l’architecture de l’Union africaine, mais elle ne peut ignorer le fait accompli. Le déplacement à Niamey s’inscrit dans une séquence bilatérale assumée, avec des interlocuteurs souverains, loin des formats multilatéraux où Alger perdait la main.

Cette approche tranche avec celle de la CEDEAO, dont les sanctions imposées au Niger entre juillet 2023 et février 2024 ont laissé des traces durables à Niamey. Elle se distingue aussi de la stratégie marocaine, qui a proposé dès novembre 2023 un accès à l’Atlantique aux pays sahéliens enclavés. Reste que la crédibilité algérienne se jouera sur du concret : volume d’échanges commerciaux, qui plafonnent sous le milliard de dollars, ouverture de lignes de crédit, livraisons énergétiques à prix préférentiel ou appui logistique.

Pour Niamey, la visite offre une respiration diplomatique et une diversification bienvenue des partenariats, à l’heure où la junte cherche à normaliser ses relations internationales sans renier son ancrage au sein de l’AES. Pour Alger, c’est l’occasion de reprendre une initiative sahélienne que la séquence 2023-2024 avait suspendue, en misant sur le voisinage long et la continuité territoriale plutôt que sur les coalitions idéologiques.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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