Cameroun : Savannah Energy réactive l’hydro-solaire de Bini à Warak

A scenic view of a large concrete dam surrounded by hills and greenery in Tunisia.Photo : DigitalByNADAS Photography / Pexels

Le Cameroun septentrional pourrait enfin voir sortir de terre l’un de ses rares grands équipements électriques. Savannah Energy, groupe britannique déjà actif dans le pays, a paraphé en octobre 2026 un pacte de développement avec l’État camerounais pour construire la centrale hydro-solaire de Bini à Warak, dans l’Adamaoua. L’annonce figure dans l’actualisation opérationnelle et financière publiée par la société le 30 octobre 2026. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029 fixe le coût global de l’ouvrage à 393 milliards de FCFA.

Un ouvrage attendu pour desserrer l’étau énergétique du Nord-Cameroun

La zone septentrionale du Cameroun, qui regroupe l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord, dépend historiquement de la centrale hydroélectrique de Lagdo, mise en service en 1982 avec une puissance installée de 72 MW. Cette dépendance expose près de six millions d’habitants aux variations saisonnières du fleuve Bénoué et à des délestages récurrents en saison sèche. L’adossement du réseau Nord au réseau interconnecté Sud n’étant encore que partiel, chaque mégawatt additionnel installé localement pèse lourd dans l’équilibre régional.

Dans cette configuration, Bini à Warak joue un rôle structurant. Le projet combinera une composante hydraulique et une centrale photovoltaïque de 40 MW, pour une capacité totale annoncée par Savannah de 95 MW. Le gouvernement, dans sa programmation budgétaire triennale, retient pour sa part une puissance de 90 MW, sans que l’origine de ces cinq mégawatts d’écart soit documentée. Le format retenu est celui du producteur indépendant, avec une structure de partenariat public-privé qui doit déterminer les conditions de vente du courant à Eneo, concessionnaire national de la distribution.

De Sinohydro à Savannah : un dossier marqué par treize ans d’atermoiements

Le chantier n’en est pas à sa première tentative. Le 7 février 2013, l’État camerounais avait confié à Sinohydro Corporation Limited un marché EPC portant sur une centrale hydroélectrique de 75 MW. Le volet solaire n’existait pas dans cette version initiale. En 2019, l’enveloppe financière adossée au constructeur chinois a été interrompue, pour des raisons que les documents publics ne détaillent pas, mettant le projet en sommeil pendant quatre ans.

La bascule vers Savannah Energy s’est amorcée avec un protocole d’accord signé le 20 avril 2023 entre le gouvernement et la filiale locale Savannah Energy RCM Limited. Ce texte évoquait alors une première production en 2027 ou 2028. Trois ans plus tard, le calendrier a été sensiblement repoussé : la société britannique vise désormais une clôture financière au troisième trimestre 2028, une mise en service du champ solaire en 2030 et une entrée en production de la composante hydraulique environ quatre ans après l’approbation définitive. Les prévisions budgétaires de l’État situent la réalisation complète entre 2029 et 2033.

Un audit et un tour de table encore à préciser

Avant d’engager les premières dépenses de cette seconde vie, Yaoundé veut solder les comptes de la première. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a attribué le 11 septembre 2026 un marché de 47,5 millions de FCFA TTC à un groupement rassemblant Brainstorm Consulting, Moore Stephen CA et Labogext. En trois mois, ces cabinets doivent chiffrer les travaux effectivement exécutés, documenter les montants déjà engagés et retracer les paiements versés à Sinohydro entre 2013 et 2019. Les conclusions de cet audit détermineront le périmètre repris par Savannah et, indirectement, le coût réel restant à financer.

Le montage capitalistique reste par ailleurs ouvert. Dans son rapport annuel 2024, publié en octobre 2025, Savannah Energy avait indiqué envisager la cession d’environ la moitié de sa participation avant la clôture financière. L’actualisation du 30 octobre 2026 ne confirme ni n’infirme cette orientation. Elle n’apporte pas davantage d’indications sur le coût actualisé estimé par le porteur, sur les banques ou partenaires industriels pressentis, ni sur la tarification du kilowattheure qui sortira de la centrale. Autant d’éléments qui sépareront, à terme, une déclaration d’intention d’un financement bouclé.

Pour comparaison, le projet hydroélectrique de Nachtigal, d’une puissance de 420 MW, a nécessité près d’une décennie entre les premiers accords et la mise en service de sa première turbine en 2024, avec un financement associant la Banque africaine de développement, la Société financière internationale et plusieurs bailleurs européens. Bini à Warak, cinq fois plus modeste, devra convaincre un tour de table d’une ambition comparable pour tenir la cadence affichée.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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