Niger : Kalla Moutari maintenu en détention par la junte à Niamey

Capture of Sudano-Sahelian architectural style in Niamey, showcasing traditional mud-brick design.Photo : LekePOV / Pexels

Kalla Moutari, ancien ministre de la Défense puis des Transports du Niger sous les présidences Issoufou et Bazoum, est privé de liberté depuis plus de huit semaines dans les locaux de la gendarmerie nationale, à Niamey. Son maintien en détention, hors de toute procédure judiciaire publiquement documentée, prolonge une séquence d’interpellations ciblées qui touche les cadres du PNDS-Tarayya, parti au pouvoir pendant plus d’une décennie avant le coup d’État du 26 juillet 2023.

Une détention qui s’inscrit dans une séquence politique

Depuis la prise du pouvoir par le général Abdourahamane Tiani, plusieurs dizaines d’anciens responsables civils et militaires ont été interpellés à Niamey, placés sous contrôle judiciaire ou assignés à résidence. Le président déchu Mohamed Bazoum demeure lui-même retenu au palais présidentiel avec son épouse depuis juillet 2023, malgré les appels répétés de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Cour de justice de la CEDEAO, qui a ordonné sa libération en décembre 2023.

Dans ce paysage, le dossier Kalla Moutari revêt une portée particulière. Ancien ministre de la Défense entre 2016 et 2018, à un moment où le Niger renforçait sa coopération militaire avec la France et les États-Unis, il a été l’un des architectes du dispositif sécuritaire que la junte actuelle a précisément démantelé en expulsant les troupes françaises fin 2023, puis les forces américaines en 2024. Sa détention prolongée à la gendarmerie, sans comparution rendue publique, soulève la question du cadre légal invoqué par le pouvoir militaire.

Le PNDS, cible systématique de l’appareil judiciaire de transition

Le parti rose, fondé par Mahamadou Issoufou, concentre l’essentiel des poursuites engagées depuis 2023. L’ancien ministre du Pétrole Mahamane Sani Mahamadou, fils de l’ex-président Issoufou, a été arrêté dès les premières semaines suivant le putsch, puis inculpé pour des faits liés à la gestion du secteur des hydrocarbures. D’autres anciens membres du gouvernement Bazoum ont connu des interpellations successives, souvent pour des motifs présentés comme relevant d’« atteinte à la sûreté de l’État » ou de « détournements ».

Cette offensive judiciaire s’appuie sur une Cour d’État instituée par ordonnance en 2023 et dotée de prérogatives étendues, mais dont l’indépendance est questionnée par plusieurs organisations de défense des droits humains. Le barreau de Niamey a, à plusieurs reprises, dénoncé des détentions dépassant les délais légaux de garde à vue, qui ne peuvent excéder 48 heures renouvelables une fois dans le droit commun nigérien, et dix jours en matière d’atteinte à la sûreté de l’État.

Un signal envoyé à l’intérieur comme à la sous-région

Le durcissement du traitement réservé aux anciens dignitaires intervient alors que Niamey consolide ses alliances au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), formalisée en juillet 2024 avec Bamako et Ouagadougou. Les trois capitales partagent une même ligne vis-à-vis de leurs opposants : neutralisation politique, procédures longues, rupture avec les juridictions régionales. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont acté leur retrait de la CEDEAO en janvier 2025, fragilisant les voies de recours régionales pour les détenus politiques.

Pour les familles et les conseils des personnes concernées, cette évolution ferme l’un des principaux relais traditionnels de contestation. Reste la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, basée à Arusha, dont les arrêts peinent toutefois à être exécutés lorsque l’État mis en cause ne coopère pas. Dans le cas de Kalla Moutari, aucune saisine publique n’a, à ce stade, été rendue visible par ses défenseurs.

Le silence entretenu autour de son dossier contraste avec la visibilité qu’avait acquise l’intéressé au sein de l’appareil sécuritaire nigérien entre 2016 et 2021. Il reflète aussi la stratégie du CNSP, qui privilégie le temps long de la procédure sur les annonces spectaculaires, en maintenant la pression sur les cadres du régime renversé sans précipiter de jugements susceptibles d’attirer une attention internationale soutenue. Les prochaines semaines diront si son statut évolue vers une inculpation formelle ou si la détention administrative se prolonge.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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