Cameroun : douze mois de mandat Biya sous le regard des investisseurs

Front view of Bellevue Palace in Berlin, showcasing its historic architecture under a clear blue sky.Photo : Sascha Weber / Pexels

Un an s’est écoulé depuis la reconduction de Paul Biya à la magistrature suprême du Cameroun, et le premier bilan de ce mandat alimente un débat nourri à Yaoundé comme dans les capitales partenaires. Le président, au pouvoir depuis novembre 1982, avait ouvert cette nouvelle séquence par un discours d’orientation articulé autour du dialogue, de la relance économique et de la modernisation de l’État. Douze mois plus tard, le constat dressé par plusieurs observateurs est celui d’un décalage persistant entre les intentions affichées et les décisions effectivement prises. Le RDPC, formation présidentielle, se retrouve en première ligne pour justifier ce rythme jugé lent par une partie de la société civile.

Un bilan politique sous tension au Cameroun

La question institutionnelle demeure le point le plus sensible du bilan politique du président Biya. La réforme du code électoral, régulièrement évoquée depuis le scrutin présidentiel de 2018, n’a pas connu d’avancée concrète depuis le début du mandat. L’opposition, structurée autour de figures comme Maurice Kamto et Cabral Libii, continue de réclamer une refonte de l’organe de gestion des élections, Elections Cameroon (Elecam), dont la composition cristallise les contestations depuis sa création en 2006. Aucune annonce officielle n’est venue, à ce jour, acter un calendrier précis de révision.

Le dossier anglophone, ouvert avec les manifestations de 2016 dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, reste l’autre pierre d’achoppement. Le Grand dialogue national de septembre 2019 avait débouché sur un statut spécial pour les deux régions, mais sa mise en œuvre effective progresse par à-coups. Les affrontements entre forces de défense et groupes séparatistes continuent de peser sur l’économie locale, en particulier sur la filière cacao, dont la zone anglophone concentre historiquement une part significative de la production nationale. Les agences humanitaires onusiennes estiment depuis plusieurs années à plusieurs centaines de milliers le nombre de déplacés internes liés à cette crise, ordre de grandeur qui n’a pas sensiblement reflué.

Économie et sécurité : les chantiers en souffrance du RDPC

Sur le plan macroéconomique, le Cameroun poursuit son programme avec le Fonds monétaire international dans le cadre de la Facilité élargie de crédit, assorti d’engagements de consolidation budgétaire et de transparence sur la dette. La croissance du produit intérieur brut oscille, selon les estimations convergentes de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et des institutions de Bretton Woods, autour de 3,5 à 4 % par an, un niveau insuffisant pour absorber l’arrivée annuelle de jeunes sur le marché du travail. Le ratio dette publique sur PIB, autour de 45 % selon les derniers cadrages publics, limite les marges budgétaires de l’exécutif pour engager de nouveaux grands projets d’infrastructures.

La sécurité reste l’autre front ouvert. À l’Extrême-Nord, les incursions de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de viser les localités de la zone du lac Tchad, malgré la Force multinationale mixte qui associe Cameroun, Nigeria, Niger et Tchad depuis 2015. Les conséquences humanitaires sont documentées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, qui classe régulièrement cette région parmi les plus exposées du Sahel élargi. Le gouvernement camerounais a maintenu son effort budgétaire militaire, sans qu’une doctrine nouvelle n’ait été rendue publique depuis la reconduction du chef de l’État.

La question de la succession en arrière-plan

Derrière la liste des réformes différées, un sujet affleure dans les analyses régionales : la succession. À plus de 90 ans, le président Biya est aujourd’hui le plus ancien chef d’État en exercice sur le continent africain. L’article 6 de la Constitution, révisé en 2008, a supprimé la limitation du nombre de mandats, laissant ouverte la question de la transition. Le silence des cercles dirigeants sur ce point alimente les spéculations autour du rôle du secrétaire général de la présidence, du Premier ministre Joseph Dion Ngute, et des cadres du RDPC positionnés en vue des prochaines échéances législatives et municipales.

Le précédent gabonais d’août 2023, où la transition politique s’est opérée dans un cadre militaire inattendu, a contribué à rendre cette interrogation plus pressante chez les partenaires économiques du Cameroun, notamment la France, la Chine et les bailleurs multilatéraux. Les investisseurs présents dans les hydrocarbures, le port de Kribi et les télécoms suivent attentivement les signaux envoyés par le palais d’Etoudi. Reste que, pour l’heure, aucune annonce officielle n’a modifié le cadre institutionnel ni ouvert publiquement la séquence post-Biya. Le deuxième anniversaire du mandat sera un nouveau test de crédibilité pour l’exécutif camerounais.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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