La décision rendue à Sydney concerne un projet minier parmi les plus scrutés d’Afrique centrale. Le Takeovers Panel australien, régulateur spécialisé des offres publiques, a déclaré le 28 octobre 2026 des circonstances inacceptables dans la conduite de l’OPA menée par A2MP Investments FZCO sur Canyon Resources, cotée à l’ASX. Dix jours plus tard, il a ordonné la rectification des documents transmis aux actionnaires, avec un délai de trois jours ouvrables pour un projet de correctif. Derrière cette procédure australienne se joue l’avenir du gisement camerounais de Minim-Martap, porté par la filiale locale Camalco Cameroon SA, et un crédit syndiqué de 82 milliards de francs CFA accordé par AFG Bank Cameroun.
Un actionnaire de référence aux contours flous
A2MP détient 55,56 % des droits de vote de Canyon Resources. La société est domiciliée à Dubaï, mais son capital est contrôlé à 97,3 % par Eagle Eye Asset Holdings Pte Ltd, structure enregistrée à Singapour. Le bénéficiaire effectif ultime serait le frère de Gaurav Gupta, lui-même administrateur commun à A2MP et à Canyon. Cette configuration, où un même cercle familial siège des deux côtés d’une opération de rachat, illustre les angles morts de la gouvernance des juniors miniers australiennes exposées à des capitaux venus du Golfe et d’Asie du Sud-Est.
L’offre, annoncée le 29 juillet 2026 à 0,05 dollar australien par action, affichait une décote d’environ 42,5 % sur le cours de la veille. Elle a expiré le 21 septembre sans atteindre le seuil de 75 % requis. Entre-temps, le requérant Jeremy Raper avait saisi le Panel le 25 août, estimant que le discours servi aux actionnaires contredisait les engagements pris quelques jours plus tôt auprès du prêteur camerounais.
Deux récits parallèles pour un même projet
Dans son prospectus, A2MP décrivait Minim-Martap comme « no longer viable in the short and medium terms in its current form and funding structure ». Dans la même période, une lettre adressée le 30 juillet 2026 à AFG Bank Cameroun assurait que l’offre « does not change [Minim Martap]’s current operating plan » et que la garantie bancaire restait « in full force and effect ». Ce grand écart documentaire a motivé l’intervention du régulateur australien.
Sur le fond économique, A2MP a révisé à la baisse les hypothèses de la Definitive Feasibility Study de Canyon : prime produit ramenée de 11 à 5 dollars par tonne sèche, coût du fret relevé de 17 à 32-36 dollars la tonne. Ces paramètres remettent en cause la rentabilité du gisement camerounais, réputé pour la qualité exceptionnelle de sa bauxite à faible teneur en silice. Pour mémoire, le marché mondial de la bauxite a dépassé 400 millions de tonnes en 2024, dominé par la Guinée voisine, qui produit à elle seule près du quart de l’offre mondiale. Minim-Martap devait justement positionner le Cameroun comme un second producteur d’envergure dans le golfe de Guinée.
Un financement camerounais gelé
Le crédit AFG Bank, signé le 26 mai 2025, porte sur environ 140 millions de dollars, co-garantis par Canyon et par A2MP. Selon le rapport trimestriel publié par Canyon le 30 octobre 2026, 45,5 milliards de francs CFA ont été décaissés, laissant 36,5 milliards en attente. La banque a suspendu les versements dans l’attente d’une révision du calendrier des travaux, de nouvelles prévisions financières et d’une visite de site programmée en novembre 2026. A2MP perçoit, au titre de sa garantie, une commission annuelle de 3 % sur le montant garanti, soit un paiement d’environ 3,72 millions de dollars reçu le 27 juillet 2026.
Canyon a parallèlement perdu deux tentatives d’augmentation de capital le 9 mars 2026 : un placement de 70 millions de dollars australiens vers une filiale d’Afriland First Bank, et un autre de 100 millions au bénéfice d’Eagle Eye, tous deux rejetés faute de procuration correcte. La société a été retirée de l’indice ASX 500 le 5 septembre 2026, a mandaté Jefferies pour explorer d’autres financements, et a abandonné son objectif de premières exportations au quatrième trimestre 2026 sans nouvelle échéance publiée.
Pour Yaoundé, qui compte la Société nationale d’investissement parmi les parties prenantes historiques du secteur minier, ce blocage interroge la capacité des juniors cotées à mener des projets d’infrastructure intégrés, incluant dragage portuaire et logistique ferroviaire. L’épilogue australien du dossier pèsera directement sur le calendrier d’un gisement que le pays ambitionne d’exploiter depuis plus d’une décennie.
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