Baraza Mining 2026 : Yaoundé planche sur l’industrialisation minière

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

Le secteur minier camerounais cherche son point de bascule. Réunis ce 11 juin à Yaoundé pour la deuxième édition du Baraza Mining Forum, autorités, opérateurs, investisseurs et experts confrontent leurs lectures sur les conditions d’une industrialisation effective de la filière. Après une première édition tenue en 2025 dans un format resserré, les organisateurs ambitionnent désormais d’inscrire ce rendez-vous dans le calendrier annuel des décideurs du secteur. L’événement intervient à un moment charnière, alors que plusieurs projets miniers majeurs basculent progressivement vers des phases d’exploitation ou d’exportation.

Fer, bauxite et or : un potentiel suspendu aux infrastructures

Le Cameroun dispose d’une géologie favorable, en particulier pour les minerais pondéreux. Mais l’équation économique du fer et de la bauxite reste étroitement dépendante de la disponibilité du rail, des capacités portuaires et d’une offre énergétique suffisante. Sans ces maillons, les gisements identifiés peinent à franchir le cap de la rentabilité, malgré la qualité de la ressource. Cette contrainte structurelle pèse sur l’arbitrage des investisseurs étrangers, qui conditionnent leurs engagements à la lisibilité du cadre logistique.

Dans un entretien accordé avant l’ouverture du forum, Landry Djimpé, associé chez Innogence Consulting et coorganisateur de la manifestation, a synthétisé le diagnostic dominant. Selon lui, le défi central du secteur n’est plus d’ordre géologique, mais relève désormais de la logistique, du financement et du cadre institutionnel. « Même le minerai le plus riche reste une richesse immobile » sans infrastructures adaptées, a-t-il résumé, pointant la corrélation directe entre maillage ferroviaire, équipements portuaires et viabilité des projets extractifs.

Gouvernance, contenu local et financement au cœur des débats

Les travaux de cette édition couvrent un spectre volontairement large. Les fondamentaux économiques, juridiques et financiers de l’industrie minière sont passés au crible, aux côtés des questions de gouvernance, de transparence et d’alignement sur les standards internationaux. Les obligations de contenu local figurent également à l’agenda, en tant qu’instrument potentiel de retombées économiques pour le tissu entrepreneurial camerounais. L’enjeu consiste à transformer une exigence réglementaire en levier industriel, plutôt qu’en simple formalité administrative.

L’accès au financement constitue un autre nœud du débat. Les opérateurs locaux peinent à mobiliser les capitaux nécessaires pour se positionner sur les chaînes de sous-traitance des grands projets, qu’il s’agisse de services techniques, de logistique ou d’ingénierie. Les organisateurs entendent identifier des mécanismes susceptibles de renforcer la capacité d’absorption des entreprises nationales, condition d’une véritable montée en compétences. La participation d’investisseurs au forum vise précisément à rapprocher l’offre de financement des porteurs de projets.

De l’exportation brute à la transformation : un horizon graduel

Le forum se tient alors que Yaoundé affiche l’ambition d’accroître la transformation locale des ressources extraites du sous-sol. Dans plusieurs cas, toutefois, les premières étapes industrielles devraient encore passer par l’exportation de minerais bruts ou simplement enrichis, avant le déploiement d’unités intégrées plus complexes. Cette trajectoire séquentielle reflète la réalité des chaînes de valeur minières, où la transformation poussée suppose des investissements connexes considérables dans l’énergie, la chimie et la métallurgie.

La perspective d’une filière plus intégrée demeure ainsi conditionnée à un effort capitalistique soutenu sur les infrastructures de base, la production électrique, la formation des compétences techniques et le renforcement institutionnel. Le secteur reste par ailleurs marqué par le poids de l’exploitation artisanale, dont la formalisation progressive constitue un chantier en soi. Les exigences croissantes de traçabilité et de transparence, portées notamment par les marchés internationaux et les bailleurs, ajoutent un niveau de complexité supplémentaire à la trajectoire d’industrialisation.

Pour les organisateurs du Baraza Mining Forum, l’enjeu des prochaines éditions consistera à transformer ces discussions en feuilles de route opérationnelles, en associant plus étroitement les administrations sectorielles, les opérateurs privés et les partenaires techniques et financiers. La capacité du Cameroun à passer du stade de territoire prospectif à celui de producteur structuré se jouera dans les arbitrages logistiques, fiscaux et énergétiques des prochaines années. Selon Investir au Cameroun.

Pour aller plus loin

Aterian signe un accord 3T de long terme avec le Rwanda · Coltan de conflit : Global Witness accuse le Rwanda et la tech mondiale · Cameroun : la Sonamines veut racheter tout l’or des bureaux d’achats

Actualité africaine

About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

Be the first to comment on "Baraza Mining 2026 : Yaoundé planche sur l’industrialisation minière"

Laisser un commentaire