BCEAO : ouverture de la troisième session du Comité de politique monétaire

A view of modern skyscrapers in Singapore's financial district.Photo : CK Seng / Pexels

La BCEAO a lancé les travaux de la troisième session ordinaire de son Comité de politique monétaire (CPM), instance de décision qui fixe les grandes orientations monétaires de la zone UEMOA. Réunis au siège de l’institution, les membres du comité doivent statuer sur le niveau des taux directeurs applicables aux huit économies de l’Union, en s’appuyant sur les indicateurs de croissance, d’inflation et de position extérieure agrégés à l’échelle régionale.

Un CPM sous contrainte de liquidité et d’inflation résiduelle

La session s’ouvre alors que la BCEAO maintient depuis plusieurs trimestres une posture prudente, après une séquence de resserrement destinée à contenir les tensions inflationnistes héritées des chocs énergétiques et alimentaires. Le principal taux directeur, celui des appels d’offres, sert de boussole aux banques commerciales de la zone pour l’octroi de crédit aux entreprises et aux États. Toute modification, même marginale, produit des effets immédiats sur le coût de refinancement des Trésors nationaux, très actifs sur le marché régional des titres publics.

Les analystes suivent particulièrement l’évolution de la liquidité bancaire, structurellement sous pression depuis 2023. La demande de refinancement des établissements de crédit auprès de l’institut d’émission demeure élevée, alimentée par le financement croissant des déficits publics et par la vigueur du crédit à l’économie dans certains pays de l’Union, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Cette dépendance au guichet de la Banque centrale nourrit un débat récurrent sur la soutenabilité du modèle actuel.

Un contexte régional recomposé après le retrait des États sahéliens

La réunion se tient dans un environnement institutionnel profondément modifié. Le retrait annoncé du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), matérialisé par la création de l’Alliance des États du Sahel, n’a pas remis en cause leur appartenance à l’UEMOA ni à la zone franc. Pour autant, la coordination budgétaire et la surveillance multilatérale au sein de l’Union se déroulent désormais dans un cadre politique plus complexe, où la BCEAO joue un rôle stabilisateur essentiel.

La question du financement des économies sahéliennes, confrontées à des besoins sécuritaires croissants et à un accès plus restreint aux marchés internationaux, s’invite implicitement dans les délibérations. Le marché régional des titres publics, animé par l’agence UMOA-Titres, absorbe une part croissante des émissions souveraines, ce qui accentue la sensibilité des équilibres financiers aux décisions du CPM.

Des arbitrages surveillés par les investisseurs et les partenaires

Au-delà du taux directeur, le comité passe en revue les projections macroéconomiques de la zone. La croissance de l’UEMOA reste parmi les plus dynamiques du continent, portée par les investissements en infrastructures, la montée en puissance des hydrocarbures sénégalais et nigériens, et la résilience de l’agriculture d’exportation ivoirienne. L’inflation, revenue sous la cible communautaire dans plusieurs États, autorise en principe une posture accommodante, mais la Banque centrale doit composer avec la parité fixe entre le franc CFA et l’euro, qui l’oblige à surveiller étroitement les décisions de la Banque centrale européenne.

Les orientations retenues à l’issue de cette session seront scrutées par les investisseurs internationaux présents sur le marché des eurobonds ivoiriens, béninois et sénégalais, ainsi que par les institutions de Bretton Woods qui accompagnent plusieurs programmes de la région. Les partenaires bilatéraux, notamment français et chinois, y verront aussi un signal sur la trajectoire de stabilité financière d’un espace qui pèse plus de 150 millions d’habitants.

Le communiqué final, attendu à l’issue des travaux, précisera l’orientation retenue par les gouverneurs et livrera la lecture actualisée de la conjoncture régionale par l’institut d’émission. Selon Abidjan.net, la session se poursuit au siège de la Banque centrale.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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