La cybersécurité ivoirienne franchit une étape institutionnelle. L’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a délivré à Kaydan Technology, cabinet basé à Abidjan, le premier agrément de Prestataire d’audit de la sécurité des systèmes d’information (PASSI) jamais accordé en Côte d’Ivoire. Cette reconnaissance officielle habilite l’entreprise à conduire des missions d’audit de sécurité auprès des administrations publiques et des opérateurs d’importance vitale, selon un référentiel désormais opposable.
Un agrément PASSI qui trace le cadre ivoirien de l’audit cyber
L’agrément PASSI n’est pas un simple label commercial. Il découle d’un processus d’évaluation exigeant portant sur les compétences techniques des auditeurs, la robustesse des méthodologies employées, la confidentialité des données traitées et l’indépendance du prestataire vis-à-vis des solutions qu’il évalue. Le référentiel s’inspire largement du modèle français développé par l’ANSSI hexagonale, qui fait aujourd’hui figure de standard dans plusieurs pays africains francophones.
Concrètement, un PASSI est autorisé à réaliser cinq grandes familles d’audits : audit d’architecture, audit de configuration, audit de code source, tests d’intrusion et audit organisationnel et physique. Ces prestations conditionnent la conformité des systèmes d’information sensibles et deviennent, à mesure que la réglementation se durcit, un préalable à toute homologation. Pour Abidjan, disposer d’un vivier local d’auditeurs qualifiés réduit la dépendance à des cabinets étrangers souvent européens ou nord-américains.
Kaydan Technology, tête de pont d’un marché en formation
En obtenant cette première homologation, Kaydan Technology se positionne d’emblée comme référence sur un segment appelé à croître fortement. La cybersécurité figure parmi les priorités affichées par les autorités ivoiriennes, alors que la numérisation accélérée des services publics, des paiements et des infrastructures critiques élargit chaque année la surface d’attaque. Les incidents recensés sur le continent, du secteur bancaire aux opérateurs télécoms, ont convaincu les régulateurs de la nécessité d’un encadrement plus strict des prestataires.
Le cabinet abidjanais pourra désormais démarcher les ministères, les entreprises publiques et les acteurs privés soumis à des obligations sectorielles, notamment dans la banque, les télécommunications et l’énergie. Cette qualification lui ouvre également des perspectives sous-régionales, plusieurs États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) travaillant à harmoniser leurs propres dispositifs d’agrément.
Souveraineté numérique et enjeux régionaux
La démarche ivoirienne s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté numérique en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal, le Bénin et le Togo ont chacun engagé la structuration d’écosystèmes nationaux de cybersécurité, avec des agences dédiées et des cadres normatifs en cours de consolidation. La Côte d’Ivoire, première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), joue ici une carte importante : la crédibilité de sa place financière et de son hub technologique repose de plus en plus sur la capacité à garantir la sécurité des données hébergées et traitées sur son sol.
L’ANSSI ivoirienne, créée pour piloter cette montée en puissance, entend multiplier les agréments dans les prochains mois afin de constituer un écosystème concurrentiel. Un marché sans acteurs multiples resterait fragile et coûteux. À l’inverse, la sélection doit rester exigeante pour préserver la valeur du label et éviter une dilution qui compromettrait la confiance des donneurs d’ordre.
Reste la question des ressources humaines. Le déficit d’experts en cybersécurité, estimé à plusieurs milliers de postes non pourvus à l’échelle du continent, pèse sur la capacité des prestataires à monter en charge. La formation d’auditeurs certifiés, capables de répondre aux standards PASSI, constituera un chantier de long terme pour les universités, écoles d’ingénieurs et centres spécialisés ivoiriens. Selon Abidjan.net, cette homologation inaugurale marque une avancée concrète pour la filière nationale de la cybersécurité.
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