Bocar Samba Dièye saisit Diomaye Faye contre la CBAO

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

L’opérateur économique Bocar Samba Dièye, figure connue du négoce sénégalais, vient de porter son différend avec la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO) à la connaissance directe du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Par voie de lettre ouverte, il sollicite l’arbitrage de la présidence sur un litige qu’il estime non résolu après plusieurs années de procédures. Cette interpellation publique intervient dans un climat où les nouvelles autorités affichent une volonté de redressement de la gouvernance financière et de protection du tissu entrepreneurial local.

Un contentieux ancien remis sur la table présidentielle

Le différend entre le commerçant et la filiale sénégalaise du groupe marocain Attijariwafa Bank n’est pas nouveau. Bocar Samba Dièye conteste de longue date le traitement réservé à ses comptes et aux garanties consenties à l’établissement bancaire, estimant avoir subi un préjudice patrimonial considérable. La saisine du président Diomaye Faye s’inscrit dans une stratégie de pression institutionnelle, après l’épuisement, selon le plaignant, des recours classiques. En s’adressant au sommet de l’État, l’homme d’affaires cherche à obtenir une réouverture du dossier ou, à défaut, une médiation politique susceptible de débloquer une situation qu’il juge inéquitable.

La démarche illustre une tendance observée depuis l’arrivée du tandem Diomaye-Sonko au pouvoir : multiplication des lettres ouvertes adressées à la présidence par des acteurs économiques estimant avoir été lésés sous les mandats précédents. La promesse d’une rupture dans la gestion publique alimente cet afflux de requêtes, plaçant l’exécutif face à un volume croissant de dossiers à arbitrer.

La CBAO, acteur bancaire de premier plan au Sénégal

La CBAO, contrôlée par le groupe marocain Attijariwafa Bank depuis 2008, figure parmi les principales banques commerciales du Sénégal. Elle dispose d’un large réseau d’agences et finance une part significative du commerce et des PME nationales. Toute médiatisation d’un contentieux impliquant l’établissement comporte donc une dimension réputationnelle non négligeable, à un moment où le secteur bancaire sénégalais opère dans un environnement réglementaire scruté par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et par les autorités macroprudentielles de la zone UEMOA.

Le dossier Bocar Samba Dièye n’est pas isolé. Plusieurs opérateurs ont, ces dernières années, dénoncé publiquement leurs relations conflictuelles avec leurs banques, pointant des saisies de garanties jugées disproportionnées ou des conditions de restructuration de dette estimées défavorables. La judiciarisation et la médiatisation de ces différends mettent en lumière la fragilité de certaines relations entre commerçants importateurs et créanciers bancaires, dans un contexte où la liquidité et l’accès au crédit demeurent des enjeux structurants.

Un test pour la doctrine économique du nouveau régime

Pour le palais présidentiel, la requête place l’exécutif devant une équation délicate. Intervenir directement dans un litige commercial entre un particulier et une banque privée pourrait être perçu comme une ingérence dans le fonctionnement du système judiciaire et financier. À l’inverse, ignorer la démarche risquerait d’alimenter le sentiment, entretenu par certains entrepreneurs, d’une justice économique à deux vitesses au détriment des opérateurs nationaux face aux groupes étrangers.

Le gouvernement de Ousmane Sonko a multiplié les signaux en faveur d’une souveraineté économique renforcée et d’un meilleur accompagnement des champions nationaux. La manière dont la présidence traitera la lettre de Bocar Samba Dièye sera observée comme un indicateur de la doctrine effective des nouvelles autorités en matière d’arbitrage des conflits financiers. Plusieurs juristes de la place rappellent toutefois que seule la voie judiciaire, éventuellement complétée par une médiation institutionnelle encadrée, permet de purger durablement ce type de contentieux.

Reste que l’initiative replace au centre du débat la question des rapports de force entre opérateurs économiques sénégalais et grands groupes bancaires régionaux, à l’heure où Dakar entend repositionner son tissu productif. La réponse, ou l’absence de réponse, du chef de l’État sera scrutée bien au-delà du cas individuel. Selon Seneweb.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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