Angola Telecom et Telecom Namibia franchissent une étape décisive dans la consolidation des infrastructures numériques d’Afrique australe. Les deux opérateurs publics ont scellé un partenariat évalué à 118 millions de dollars en vue de construire un câble sous-marin reliant directement leurs côtes atlantiques. Le projet ambitionne de réduire la dépendance des deux pays vis-à-vis des grands consortiums internationaux et d’offrir une route alternative aux capacités de transit régional. Pour Luanda comme pour Windhoek, l’enjeu dépasse la simple bande passante.
Un câble sous-marin pensé pour la souveraineté numérique
La nouvelle liaison ambitionne de relier directement les littoraux angolais et namibien sans transiter par les hubs européens ou sud-africains habituels. Cette configuration vise à raccourcir les temps de latence entre les deux marchés et à mutualiser les coûts d’exploitation. Les opérateurs publics misent sur une infrastructure détenue conjointement, à rebours du modèle classique des consortiums dominés par les géants mondiaux comme Google, Meta ou les grands intégrateurs européens. Concrètement, le contrôle capitalistique reste entre les mains des États, à travers leurs bras armés télécoms respectifs.
L’Angola dispose déjà d’atouts notables avec le câble SACS, qui relie Luanda à Fortaleza au Brésil depuis 2018, et avec la station d’atterrissage de WACS. Telecom Namibia, de son côté, s’appuie sur le câble WACS pour ses échanges internationaux. La nouvelle liaison viendrait s’inscrire dans cette architecture en y ajoutant un axe sud-sud directement opérable par les deux opérateurs. Cette logique d’interconnexion régionale s’aligne sur la dynamique observée ailleurs sur le continent, où les États cherchent à maîtriser une partie croissante de leurs routes de données.
Un investissement de 118 millions USD au service du transit régional
L’enveloppe annoncée, fixée à 118 millions de dollars, couvre la pose du câble, les équipements terminaux et la mise en service des stations d’atterrissage. Le montant traduit l’ampleur technique d’un projet sous-marin moderne, dont les coûts incluent la prospection des fonds, la fabrication des répéteurs optiques et l’affrètement de navires câbliers spécialisés. Selon la configuration retenue, ce type d’infrastructure offre généralement plusieurs dizaines de térabits par seconde de capacité, de quoi répondre à la croissance attendue du trafic data en Afrique australe sur la prochaine décennie.
Le calendrier précis de mise en service n’a pas été détaillé publiquement, mais les délais usuels pour ce type de chantier oscillent entre vingt-quatre et trente-six mois entre la signature et le raccordement effectif. Les deux opérateurs devront également structurer le tour de table financier, vraisemblablement avec l’appui de bailleurs multilatéraux ou d’institutions de développement actives dans la région, comme la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque de développement d’Afrique australe (DBSA).
Un signal stratégique pour l’Afrique australe
L’initiative s’inscrit dans une recomposition plus large des routes numériques africaines. Plusieurs pays du continent, du Sénégal au Kenya, ont engagé ces dernières années des projets de connectivité visant à réduire leur exposition à des points de défaillance uniques. Les coupures simultanées de plusieurs câbles en mer Rouge début 2024, puis au large de la Côte d’Ivoire quelques semaines plus tard, ont rappelé la fragilité des routes principales. Les opérateurs cherchent désormais à multiplier les redondances et à reprendre la main sur des actifs jugés critiques.
Pour l’Angola, qui ambitionne de devenir un hub numérique reliant l’Amérique latine, l’Afrique australe et l’Europe, ce câble bilatéral renforce une stratégie déjà engagée avec SACS et Equiano. La Namibie, dont l’économie numérique reste plus modeste, y gagne un accès direct à ces infrastructures de longue distance via son partenaire angolais. Le projet pourrait par ailleurs servir de socle à une offre de transit destinée aux pays enclavés voisins, notamment la Zambie, le Botswana et le Zimbabwe, qui dépendent aujourd’hui largement des routes sud-africaines.
Reste à confirmer les modalités de gouvernance du futur câble et l’identité des fournisseurs industriels retenus. Le marché des câbles sous-marins est dominé par un nombre restreint d’acteurs, parmi lesquels Alcatel Submarine Networks, NEC, SubCom et le chinois HMN Technologies. Le choix du partenaire industriel constituera un marqueur géopolitique non négligeable. Selon Financial Afrik, l’accord entre les deux opérateurs publics marque l’un des engagements bilatéraux les plus structurants de la région dans le domaine des télécommunications.
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