La crise de l’eau et de l’électricité s’impose désormais comme un dossier politique de premier rang au Gabon. Devant le Parlement réuni en Congrès le 15 juin, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé la séparation définitive des activités de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), opérateur historique des deux services publics. Cette annonce intervient alors que Libreville et plusieurs villes secondaires subissent des coupures à répétition, source d’exaspération populaire et de pertes pour le tissu productif.
Le chef de l’État a inscrit cette réforme parmi les priorités de son discours sur l’état de la Nation. En filigrane, l’exécutif acte l’échec du modèle intégré qui prévalait depuis plusieurs décennies, dans lequel une même structure assurait à la fois la production et la distribution de l’électricité ainsi que la gestion du cycle de l’eau. La séparation des deux métiers doit permettre, selon Libreville, de clarifier les responsabilités, d’attirer des capitaux ciblés et d’imposer une gouvernance distincte à chacune des branches.
Une SEEG sous tension permanente
Depuis le retour de l’opérateur dans le giron public au milieu des années 2010, après le départ du groupe français Veolia, la SEEG enchaîne les plans de redressement sans parvenir à enrayer la dégradation du service. Les délestages électriques, parfois quotidiens dans certains quartiers de Libreville, d’Owendo ou de Port-Gentil, traduisent un déficit structurel de capacités de production, une vétusté avancée du réseau et un sous-investissement chronique. Le volet eau n’est guère mieux loti, avec des ruptures d’approvisionnement qui touchent aussi bien les zones urbaines que les localités de l’intérieur.
La cohabitation des deux métiers au sein d’une même entité a longtemps été justifiée par des considérations de mutualisation des coûts. Dans les faits, la confusion des comptes et des arbitrages d’investissement a desservi les deux activités. Les tarifs réglementés, la dette accumulée auprès des fournisseurs et les arriérés de l’État aggravent une équation financière déjà difficile à tenir.
Une scission pour ouvrir la voie aux investissements
En scindant la SEEG, l’exécutif gabonais cherche à isoler les bilans, à rendre lisibles les besoins de financement et à préparer d’éventuels partenariats sectoriels. La branche électricité pourrait ainsi se concentrer sur la montée en puissance de la production, notamment hydroélectrique, dans un pays qui dispose d’un potentiel hydrique parmi les plus importants d’Afrique centrale. Plusieurs projets, dont les barrages de la Ngounié et du Komo, attendent un cadre institutionnel stabilisé pour franchir leurs étapes décisives.
La branche eau, de son côté, devra répondre à un défi d’accès qui demeure préoccupant en dépit de la pluviométrie abondante du pays. La modernisation des stations de traitement, l’extension des réseaux de distribution et la lutte contre les pertes techniques figurent parmi les chantiers immédiats. Les bailleurs multilatéraux, à commencer par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, sont attendus pour accompagner cette nouvelle architecture, à condition qu’elle s’accompagne d’une gouvernance crédible.
Un signal politique aux Gabonais
Au-delà du dossier technique, l’annonce du président Oligui Nguema porte une charge politique évidente. Depuis sa prise de pouvoir en août 2023, le chef de l’État de la transition a fait de l’amélioration des services de base un marqueur de son action, dans la perspective d’un retour à l’ordre constitutionnel. La question de l’eau et de l’électricité, qui cristallise le mécontentement populaire, constitue un test grandeur nature de sa capacité à transformer les engagements en résultats tangibles.
La séparation des activités de la SEEG ne produira toutefois ses effets qu’à moyen terme. Le calendrier de mise en œuvre, le sort des personnels, le partage des actifs et la gouvernance des futures entités restent à préciser. L’exécutif devra également arbitrer la question, sensible, du recours éventuel à un opérateur privé pour l’une ou l’autre des branches. Reste que la trajectoire est désormais tracée, et que les acteurs économiques attendent une feuille de route détaillée dans les prochaines semaines. Selon Gabon Review, le chef de l’État a explicitement placé cette réforme parmi les priorités structurantes de son mandat de transition.
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