L’autoroute Thiadiaye-Kaolack, maillon central du désenclavement du bassin arachidier sénégalais, fait l’objet d’une nouvelle injonction politique. Le ministre des Infrastructures et des Transports terrestres, Dethié Fall, a réclamé une intensification du rythme des travaux pour que l’infrastructure puisse être mise en service avant le Gamou, célébration majeure du Mawlid qui attire chaque année des flux considérables de pèlerins vers la cité religieuse de Médina Baye, à Kaolack.
Cette sortie ministérielle s’inscrit dans une logique de reprise en main des grands chantiers hérités du précédent quinquennat. Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye Faye-Ousmane Sonko en avril 2024, le gouvernement multiplie les visites de terrain pour rappeler les délais aux entreprises adjudicataires et identifier les goulets d’étranglement. L’axe Thiadiaye-Kaolack figure parmi les dossiers jugés prioritaires par les nouvelles autorités.
Un axe stratégique pour le bassin arachidier
Le tronçon prolonge l’autoroute Ila Touba et l’axe Dakar-Mbour-Thiès, irriguant l’un des corridors économiques les plus denses du pays. Kaolack, capitale du Saloum, constitue un nœud logistique vers la Gambie, le Mali et la Guinée-Bissau. La fluidification du trafic sur cette portion doit théoriquement réduire les temps de parcours entre Dakar et le centre du pays, tout en allégeant la pression sur la nationale 1, régulièrement saturée et accidentogène.
Pour les opérateurs économiques, l’enjeu dépasse la simple commodité. La filière arachide, les producteurs maraîchers de la zone des Niayes et les transporteurs sous-régionaux attendent depuis plusieurs années cette mise en service. Les coûts logistiques élevés grèvent la compétitivité des exportations sénégalaises et freinent l’intégration au marché ouest-africain.
Le Gamou comme échéance politique
En fixant le Gamou comme horizon, Dethié Fall mobilise un calendrier à forte charge symbolique. La célébration du Mawlid à Médina Baye, fief de la confrérie tidiane Niassène, draine chaque année des fidèles venus de toute l’Afrique de l’Ouest, mais aussi du Nigeria, du Soudan ou des États-Unis. La ville voit sa population multipliée durant l’événement, et la circulation routière devient un casse-tête sécuritaire et sanitaire.
Livrer l’infrastructure avant cette échéance offrirait au gouvernement une vitrine politique majeure. Le pouvoir actuel cultive une relation attentive avec les autorités religieuses du Saloum, et un tel geste consoliderait son ancrage dans une région où les rapports de force électoraux restent disputés. L’arbitrage politique pèse donc autant que la rationalité technique dans la définition du nouveau calendrier.
Pression sur les entreprises et défis techniques
Les chantiers autoroutiers sénégalais ont connu plusieurs retards ces dernières années, souvent imputés aux libérations d’emprises, aux indemnisations des populations déplacées et aux décaissements budgétaires. Sur Thiadiaye-Kaolack, la nouvelle équipe ministérielle entend imposer un suivi resserré, avec des points d’étape réguliers et des sanctions contractuelles en cas de glissement.
Les entreprises mobilisées sur le tronçon devront densifier leurs effectifs et renforcer leurs équipements pour tenir l’échéance. La saison des pluies, qui complique les travaux de terrassement et de revêtement entre juillet et octobre, constitue une variable que les ingénieurs devront intégrer dans leur planification. La pose des couches d’enrobé et la finalisation des ouvrages d’art conditionnent largement le respect du calendrier.
Au-delà du symbole religieux, la livraison anticipée de l’autoroute s’inscrit dans la doctrine de souveraineté économique défendue par le gouvernement. Ce dernier souhaite démontrer sa capacité à exécuter rapidement les grands projets d’infrastructure, condition indispensable pour attirer de nouveaux financements panafricains et arabes. Selon Dakaractu, le ministre a personnellement réitéré son exigence d’accélération aux responsables du chantier.
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