Burkina Faso : les obsèques de Jean-Marc Palm, fidèle de Compaoré

Captivating aerial cityscape of Belo Horizonte, Brazil at dusk, showcasing urban lights and skyline.Photo : Malcoln Oliveira / Pexels

Les obsèques de Domba Jean-Marc Palm ont débuté ce dimanche 17 mai à Ouagadougou, trois jours après son décès survenu le jeudi 14 mai à l’âge de 75 ans. La disparition de l’ancien chef de la diplomatie burkinabè referme un chapitre du paysage politique national, celui des figures civiles qui ont accompagné l’ascension puis le long règne de Blaise Compaoré, président déchu en 2014 après vingt-sept années au pouvoir. Au Burkina Faso, le nom de Jean-Marc Palm reste indissociable de la séquence ouverte par le 15 octobre 1987, date du coup d’État qui coûta la vie à Thomas Sankara et porta son ancien compagnon d’armes à la magistrature suprême.

Un universitaire devenu visage diplomatique du régime Compaoré

Avant d’embrasser la carrière ministérielle, Jean-Marc Palm avait construit un parcours d’enseignant-chercheur en histoire. Pendant près de quatre décennies, jusqu’à son départ à la retraite, il a dirigé des travaux de recherche au sein du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) de Ouagadougou. Cette trajectoire académique lui conférait une autorité intellectuelle dans un appareil d’État alors en pleine recomposition après la chute du Conseil national de la révolution.

Sa nomination au ministère des Affaires étrangères, au lendemain de l’assassinat de Thomas Sankara, l’a propulsé dans les arcanes diplomatiques régionaux à un moment particulièrement sensible. Le nouveau pouvoir avait besoin de figures capables de normaliser ses relations avec les capitales africaines et occidentales, encore sous le choc de la disparition violente du capitaine Sankara. Le profil universitaire de Jean-Marc Palm, plus discret que celui des militaires de l’entourage présidentiel, offrait une vitrine présentable à un régime contesté dans sa genèse.

Un pilier civil d’un système politique longtemps dominant

Au fil des années, Jean-Marc Palm s’est imposé comme l’un des relais civils du système Compaoré, traversant plusieurs configurations gouvernementales. Sa fidélité à l’ancien chef de l’État, aujourd’hui condamné par contumace à la prison à vie dans le dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, n’a jamais été démentie publiquement. Cette loyauté l’a maintenu dans le premier cercle d’un appareil partisan qui a structuré la vie politique burkinabè jusqu’à l’insurrection populaire d’octobre 2014.

La trajectoire du défunt illustre les ambiguïtés d’une génération de hauts cadres ouagalais formée dans les années 1970, partagée entre engagement panafricaniste et compromis avec l’ordre établi. Beaucoup, comme lui, ont mené de front une carrière scientifique et un engagement gouvernemental, brouillant les frontières entre savoir académique et exercice du pouvoir. Reste que cette proximité avec l’ère Compaoré reste, pour une part de l’opinion burkinabè, un héritage difficile à célébrer sans réserves, dix ans après la chute du régime.

Une disparition dans un Burkina Faso reconfiguré

Les funérailles se déroulent dans un contexte politique radicalement transformé. Depuis le double coup d’État de janvier puis septembre 2022, le pays est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, dont la rhétorique souverainiste et la rupture avec Paris se réclament explicitement de l’héritage sankariste. Dans ce nouvel environnement, les figures associées au compaorisme occupent une place résiduelle dans le débat public, à mesure que les autorités de transition réhabilitent la mémoire du père de la révolution d’août 1983.

La disparition de Jean-Marc Palm intervient également alors que la justice burkinabè continue d’instruire plusieurs dossiers liés à la période 1987-2014. Le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, conclu en avril 2022, avait déjà conduit à la condamnation de Blaise Compaoré, exilé à Abidjan, ainsi que de l’ancien chef de sa garde rapprochée Hyacinthe Kafando. Ces décisions pèsent durablement sur l’image des cadres ayant servi le régime déchu, indépendamment de leurs fonctions techniques ou diplomatiques.

Pour les observateurs de la scène ouest-africaine, le décès de l’ancien ministre des Affaires étrangères marque la lente érosion d’une génération politique qui a façonné le Burkina Faso contemporain. Selon RFI Afrique, ses obsèques rassemblent ce 17 mai famille, anciens collègues universitaires et figures politiques venues saluer une mémoire que l’histoire nationale continue de débattre.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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