Cameroun : la dette rétrocédée des établissements publics tombe à 825 milliards

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.Photo : K / Pexels

La dette rétrocédée portée par les établissements publics camerounais poursuit sa trajectoire baissière, son encours étant ramené à 825 milliards de FCFA selon les dernières données rendues publiques. Ce mécanisme, par lequel l’État emprunte sur les marchés ou auprès de bailleurs avant de transférer les ressources et la charge de remboursement à des entités publiques bénéficiaires, constitue un poste sensible des finances publiques camerounaises. Son reflux signale un assainissement progressif, alors que Yaoundé reste sous programme avec le Fonds monétaire international (FMI).

Un encours de dette rétrocédée en repli structurel

La dette rétrocédée recouvre les emprunts contractés par l’État central pour le compte d’entreprises publiques, d’établissements à caractère industriel et commercial ou de sociétés à participation publique. Ces ressources financent généralement des projets d’infrastructures lourdes, d’énergie ou de transport, dont les bénéficiaires sont censés assurer le service de la dette à partir de leurs recettes d’exploitation. Le passage à 825 milliards de FCFA marque une décrue par rapport aux niveaux antérieurs, sans pour autant retirer ce compartiment de la liste des points de vigilance du Trésor.

Derrière ce chiffre se cache une réalité contrastée. Plusieurs opérateurs publics, notamment dans les secteurs de l’électricité, des hydrocarbures et de l’eau, concentrent l’essentiel des montants rétrocédés. Leur capacité à honorer les échéances dépend étroitement de leur équilibre d’exploitation, lui-même tributaire de la politique tarifaire arrêtée par l’État et du paiement régulier des consommations par l’administration. Tout retard de l’un de ces maillons se répercute mécaniquement sur la trésorerie publique.

Pression du FMI et discipline de la Caisse autonome d’amortissement

La Caisse autonome d’amortissement (CAA), bras armé du Cameroun pour la gestion de la dette publique, a multiplié ces dernières années les exercices d’apurement et de reclassement. Les arriérés accumulés par certaines entités ont été convertis ou pris en charge par le budget de l’État, ce qui explique en partie la baisse de l’encours rétrocédé. Ce traitement comptable transfère la charge vers la dette directe de l’État, mais clarifie l’image globale du portefeuille.

Le contexte du programme conclu avec le FMI accentue l’exigence de transparence. L’institution de Bretton Woods insiste sur la cartographie complète de la dette publique, y compris ses composantes garanties et rétrocédées, considérées comme des engagements conditionnels susceptibles de se matérialiser à tout moment. Le ratio de dette publique du Cameroun, qui évolue autour de 45 % du PIB, demeure soutenable selon les analyses officielles, mais les marges de manœuvre se sont rétrécies depuis la crise sanitaire et la flambée des taux internationaux.

Concrètement, la baisse de l’encours rétrocédé envoie un signal positif aux investisseurs domestiques qui souscrivent aux émissions du Trésor camerounais sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Elle conforte également la signature du pays face aux agences de notation, à l’heure où plusieurs souverains africains peinent à refinancer leurs eurobonds.

Des risques résiduels à surveiller dans les entreprises publiques

Reste que la prudence reste de mise. Les grandes entreprises publiques camerounaises, à l’image de la Sonara, de Camair-Co ou de la Camwater, traînent des difficultés financières structurelles qui peuvent à tout moment réactiver la pression sur le portefeuille rétrocédé. La raffinerie de Limbé, frappée par un sinistre majeur en 2019, continue de peser sur les comptes publics. Dans le transport aérien, les recapitalisations successives illustrent la difficulté à rentabiliser des activités stratégiques mais déficitaires.

Par ailleurs, le calendrier électoral camerounais pourrait peser sur l’exécution budgétaire et la rigueur affichée. Les arbitrages entre investissements sociaux, soutien aux entreprises publiques et désendettement deviendront plus délicats dans les prochains mois. La trajectoire des 825 milliards de FCFA d’encours rétrocédé sera donc à surveiller au-delà du simple constat comptable, comme un baromètre de la crédibilité financière de Yaoundé. Selon Journal du Cameroun, le mouvement de désendettement observé sur ce segment se confirme sur la période récente.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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