Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) durcit le ton à l’égard des exploitants miniers artisanaux opérant sur le territoire camerounais. Yaoundé exige désormais une mise en conformité stricte avec le code minier, sous peine de sanctions allant de la suspension d’activité au retrait pur et simple des autorisations. Cette offensive administrative vise un secteur structurellement informel, où prolifèrent les chantiers clandestins, notamment dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord.
Une filière minière artisanale longtemps hors de contrôle
L’exploitation artisanale d’or et de matériaux précieux mobilise au Cameroun des milliers d’opérateurs, dont une part significative travaille sans titre valide ou en dépassement de leurs périmètres autorisés. Les autorités estiment que cette désorganisation prive l’État de recettes substantielles, tandis que les circuits parallèles d’évacuation vers les pays voisins demeurent actifs. La présence d’opérateurs étrangers, souvent asiatiques, dans des chantiers semi-mécanisés a accentué la pression sur les communautés locales et les ressources environnementales.
Au-delà du manque à gagner fiscal, le secteur charrie un lourd passif social et écologique. Effondrements meurtriers sur des sites mal sécurisés, déforestation, pollution des cours d’eau au mercure : la liste des griefs nourrit depuis plusieurs années un débat public récurrent. Le gouvernement camerounais entend désormais transformer ce constat en feuille de route opérationnelle, en exigeant des exploitants la régularisation de leurs titres, le respect des normes environnementales et la déclaration effective des productions.
Une cure de conformité aux contours stricts
Concrètement, les exploitants artisanaux doivent justifier de la validité de leurs autorisations, présenter leurs plans d’exploitation et se soumettre aux obligations fiscales et déclaratives prévues par la réglementation minière. Les opérateurs en infraction s’exposent à la fermeture administrative de leurs chantiers et à la confiscation des équipements. Le Minmidt mise sur des missions de terrain pour vérifier la réalité des activités déclarées, dans un secteur où les écarts entre permis détenus et exploitation effective restent considérables.
Cette campagne de mise en conformité s’inscrit dans une dynamique plus large de reprise en main de la chaîne de valeur minière. Le Cameroun a institué, ces dernières années, un mécanisme de canalisation de l’or artisanal via le Cadre d’appui à l’artisanat minier (Capam), censé centraliser la production et garantir une traçabilité jusqu’à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Les volumes officiellement remontés sont toutefois restés modestes au regard du potentiel réel, signe d’une fuite persistante.
Souveraineté minière et arbitrages politiques
Le durcissement réglementaire intervient alors que le Cameroun cherche à diversifier ses recettes, dans un contexte budgétaire tendu et de transition énergétique mondiale qui rehausse la valeur des minerais critiques. Les autorités affichent l’ambition de structurer une filière nationale crédible, susceptible d’attirer des investisseurs formels et de générer une rente fiscale plus prévisible. Le pari est délicat : trop de fermeté risque de précipiter dans la clandestinité des milliers de petits creuseurs qui vivent au jour le jour de cette activité.
Reste la question de la capacité d’exécution. Les services déconcentrés du Minmidt disposent de moyens limités face à l’immensité des zones d’exploitation, et la coordination avec les administrations territoriales, douanières et environnementales demeure perfectible. La sincérité de la démarche se mesurera à l’aune des sanctions effectivement prononcées contre les opérateurs en règle douteuse, y compris lorsqu’ils bénéficient de relais politiques. Plusieurs précédents ont montré que les annonces d’assainissement du secteur peuvent rester lettre morte sans portage politique constant.
Pour les partenaires techniques et financiers du Cameroun, attentifs à la transparence des industries extractives, cette séquence offrira un test grandeur nature. Les engagements pris dans le cadre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) supposent une remontée fiable des données de production, encore loin d’être acquise dans l’artisanat minier. Selon Journal du Cameroun, l’administration entend désormais imposer cette discipline dans la durée.
Pour aller plus loin
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