Yaakaar-Teranga : le flou persiste sur les 55 millions de dollars

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu 🇳🇬 / Pexels

La gestion du bloc gazier Yaakaar-Teranga s’invite de nouveau dans le débat public sénégalais. Alors qu’Ousmane Sonko avait annoncé le retrait de l’opérateur américain Kosmos Energy du périmètre offshore, les récentes déclarations d’Al Aminou Lo, directeur général de Petrosen, laissent entrevoir un contentieux non résolu entre l’État sénégalais et la major texane. Au cœur des interrogations, une somme de 55 millions de dollars mentionnée devant les députés dont le sort demeure incertain.

Un dossier gazier stratégique pour Dakar

Le bloc Yaakaar-Teranga, situé au large des côtes sénégalaises, constitue l’un des principaux gisements gaziers identifiés dans la zone. Longtemps présenté comme un pilier de la future économie hydrocarbures du pays aux côtés du projet Grand Tortue Ahmeyim, il est opéré depuis plusieurs années par Kosmos Energy en partenariat avec BP et la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Sa mise en valeur devait renforcer la souveraineté énergétique du Sénégal et générer des recettes substantielles à moyen terme.

L’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko en 2024 a marqué une inflexion nette du discours officiel sur les contrats extractifs hérités. La renégociation des accords miniers, pétroliers et gaziers figurait parmi les engagements de campagne du parti Pastef, au nom d’une redistribution plus équitable de la rente. C’est dans ce contexte que le Premier ministre avait communiqué sur le désengagement annoncé de Kosmos Energy du bloc Yaakaar-Teranga.

Une version officielle mise en tension

Les propos tenus récemment par Al Aminou Lo introduisent une nuance de taille. Le patron de Petrosen évoque un contentieux ouvert avec l’opérateur américain, ce qui suggère que le retrait présenté comme acquis se heurte en réalité à des divergences juridiques ou financières. Un différend de cette nature peut porter sur les obligations contractuelles de sortie, les coûts déjà engagés, la restitution du permis ou encore les indemnisations réciproques prévues dans l’accord d’exploration et de partage de production.

La divergence apparente entre le discours politique et la réalité opérationnelle pose une question de méthode. Dans un secteur où les arbitrages internationaux sont fréquents et coûteux, la manière dont l’État sénégalais négocie sa sortie ou celle de ses partenaires détermine directement l’exposition financière du contribuable. Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) reste la juridiction privilégiée par les majors en cas de désaccord, avec des procédures qui s’étendent souvent sur plusieurs années.

Les 55 millions de dollars, angle mort du dossier

Le montant de 55 millions de dollars, évoqué devant l’Assemblée nationale, cristallise l’essentiel des interrogations. S’agit-il de dépenses de recherche déjà engagées par le consortium et récupérables, d’une contrepartie financière liée à la sortie d’un partenaire, ou d’un versement effectué au titre d’obligations contractuelles antérieures ? L’absence de clarification publique alimente les spéculations et fragilise la lisibilité de la stratégie sénégalaise en matière d’hydrocarbures.

Pour les investisseurs internationaux, qui surveillent attentivement le traitement réservé aux contrats en cours, la prévisibilité juridique constitue un critère déterminant. La coexistence de deux récits officiels, l’un politique et l’autre technique, risque d’entamer la confiance des partenaires industriels au moment où Dakar cherche à finaliser la montée en cadence du projet Grand Tortue et à attirer de nouveaux capitaux sur son offshore. Le Sénégal a par ailleurs enclenché en 2024 la première extraction de pétrole sur le champ Sangomar, opéré par l’australien Woodside, ce qui rend d’autant plus scrutée sa gouvernance sectorielle.

Reste que la clarification incombe désormais aux autorités. Une communication détaillée sur l’état réel des négociations avec Kosmos Energy, sur la nature du contentieux évoqué par Petrosen et sur la ventilation des 55 millions de dollars permettrait de dissiper le doute. À défaut, le dossier Yaakaar-Teranga pourrait devenir un révélateur des tensions entre l’ambition souverainiste affichée par le nouvel exécutif et les contraintes contractuelles héritées du régime précédent. Selon Dakaractu.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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