Cameroun : le coût d’importation du gasoil bondit de 49 % en trois mois

Three blue OLA Energy gas pumps at an outdoor station on a sunny day.Photo : Hassan Bouamoud / Pexels

Le gasoil importé au Cameroun coûte plus cher à faire entrer dans le pays qu’il n’est vendu à la pompe. Selon les structures mensuelles de prix publiées par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), le coût d’importation du gazole s’établit à 974,93 FCFA le litre en octobre 2026, contre 653,85 FCFA en juillet. Soit un renchérissement de 321,08 FCFA en trois mois, ou 49,1 %. Dans le même intervalle, le prix de détail à Douala est resté figé à 828 FCFA le litre, ouvrant un écart de près de 147 FCFA entre le coût d’approvisionnement et le tarif acquitté par l’automobiliste.

Une structure de prix bousculée par la flambée des cotations

La décomposition de la structure applicable du 1er au 31 octobre éclaire la dynamique à l’œuvre. La moyenne des cotations internationales retenue par la CSPH ressort à 711,52 FCFA le litre. S’y ajoute une prime importateur de 128,27 FCFA, portant le prix du produit importé à 839,79 FCFA. Après intégration des droits de douane, des taxes diverses et des frais liés au service d’importation, le coût d’importation grimpe à 974,93 FCFA. La ligne « soutien/remboursement État », inscrite à hauteur de -430,30 FCFA, vient ensuite ramener le prix d’entrée au dépôt de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) à 524,07 FCFA hors taxes, soit 565,37 FCFA toutes taxes comprises.

La progression ne s’est pas arrêtée en septembre. Entre septembre et octobre 2026, le coût d’importation du gasoil a encore gagné 114,83 FCFA le litre, soit 13,4 % supplémentaires en l’espace d’un mois. Les prix de détail, eux, n’ont pas bougé : 840 FCFA pour le super, 828 FCFA pour le gasoil et 350 FCFA pour le pétrole lampant. La même logique vaut pour les deux autres carburants. Le super affiche un coût d’importation de 702,60 FCFA et un soutien de 205,76 FCFA par litre. Le pétrole lampant, maintenu à 350 FCFA à la pompe, mobilise à lui seul 660,09 FCFA de soutien unitaire.

Un mécanisme de stabilisation sous tension

La symétrie des chiffres interpelle. L’augmentation de 321,08 FCFA du coût d’importation du gasoil correspond exactement à la hausse de la composante « soutien/remboursement État », qui est passée de 109,22 FCFA en juillet à 430,30 FCFA en octobre. Autrement dit, la totalité du renchérissement observé a été absorbée par le dispositif de subvention implicite, préservant le pouvoir d’achat des consommateurs mais déplaçant la charge vers les finances publiques. Cette équivalence suppose toutefois que les structures de juillet et d’octobre reposent sur le même périmètre et des conventions comptables identiques.

Reste que la ligne budgétaire théorique ne se confond pas avec un décaissement effectif. Les 430,30 FCFA affichés par litre constituent une composante unitaire du mécanisme de stabilisation, et non une dépense liquidée. Le montant réellement supporté par l’État dépend des volumes éligibles, des modalités de compensation retenues et des créances effectivement reconnues au bénéfice des opérateurs du secteur. Multiplier cette ligne par la consommation nationale ne donnerait donc qu’un ordre de grandeur, utile pour saisir l’ampleur du choc, mais insuffisant pour chiffrer précisément l’effort budgétaire consenti par Yaoundé.

Un dilemme coûteux pour Yaoundé

L’équation devient délicate pour l’exécutif camerounais. Maintenir les prix réglementés protège les ménages et contient l’inflation importée, mais creuse une dette implicite envers les marketeurs et grève la trajectoire budgétaire négociée avec les bailleurs. À l’inverse, un ajustement tarifaire se heurterait à une sensibilité sociale aiguë, dans un pays où la révision des prix à la pompe de février 2024 avait déjà suscité des tensions. Les derniers relevés de la CSPH suggèrent que la fenêtre de temporisation se referme, à mesure que l’écart entre coût d’importation et prix administré s’élargit mois après mois. Selon Investir au Cameroun, la question du traitement budgétaire de cette subvention implicite reste entière.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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