Cheikh Niang plaide pour une paix africaine souveraine et endogène

Maasai performers in traditional attire at Africa Energy Summit, offering a cultural welcome to delegates.Photo : The Silvagraph / Pexels

Le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Niang, a livré une lecture sans ambiguïté des dynamiques de paix en Afrique. Dans une sortie remarquée, le ministre des Affaires étrangères a martelé que la paix continentale ne saurait être « importée, déléguée ou improvisée ». Cette formule, ramassée et volontairement frontale, synthétise la doctrine défendue par Dakar face à la multiplication des foyers de crise, du Sahel à la Corne de l’Afrique en passant par la région des Grands Lacs.

Une doctrine de paix fondée sur l’appropriation africaine

En insistant sur le refus de l’importation, Cheikh Niang vise implicitement les dispositifs conçus depuis l’étranger, qu’il s’agisse de plans stabilisateurs élaborés par des partenaires extérieurs ou de modèles de médiation plaqués sur des réalités locales mal appréhendées. Le propos du ministre sénégalais s’inscrit dans la continuité d’un discours panafricain qui gagne du terrain depuis le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et depuis la montée en puissance de formats diplomatiques régionaux comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

Le refus de la délégation constitue le second pilier de cette doctrine. Concrètement, il s’agit de rappeler que les États africains ne peuvent se décharger de la conduite politique des processus de sortie de crise sur des opérateurs extérieurs, fussent-ils onusiens, européens ou issus de puissances émergentes. La logique avancée consiste à replacer les gouvernements, les sociétés civiles et les organisations régionales au cœur de la négociation et de la mise en œuvre des accords.

Le Sénégal, acteur traditionnel de la médiation continentale

La posture de Cheikh Niang ne surgit pas dans un vide diplomatique. Le Sénégal revendique un héritage de médiation actif, hérité notamment des mandats successifs à la présidence de l’Union africaine et d’une implication régulière dans les négociations ouest-africaines. Dakar a fourni des contingents à plusieurs missions onusiennes, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à la Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUSCO), tout en cultivant une image d’interlocuteur crédible auprès des capitales occidentales comme des blocs du Sud.

La nouvelle équipe au pouvoir, issue de l’élection présidentielle de mars 2024, infléchit néanmoins la tonalité. Le tandem exécutif formé par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko a fait de la souveraineté un marqueur central de son action, y compris sur le terrain diplomatique. La déclaration du ministre des Affaires étrangères prolonge ce positionnement : la paix, au même titre que la monnaie ou les ressources, relève d’un domaine où Dakar entend peser par ses propres analyses.

Une improvisation coûteuse pour les économies du continent

Le troisième terme employé par Cheikh Niang, celui d’improvisation, renvoie à un constat partagé par de nombreux analystes. Les interventions montées dans l’urgence, sans feuille de route politique claire, ont produit des résultats décevants au Sahel comme en Libye. Le coût humain, mais aussi économique, de ces séquences se mesure dans la contraction des investissements, l’explosion des dépenses sécuritaires et le ralentissement de projets structurants. La Banque africaine de développement a chiffré à plusieurs points de produit intérieur brut le manque à gagner lié à l’instabilité dans les zones concernées.

Reste que la mise en œuvre d’une telle doctrine se heurte à des contraintes lourdes. Le financement de l’architecture africaine de paix et de sécurité dépend encore largement de contributions extérieures, et les capacités militaires autonomes demeurent inégales d’une sous-région à l’autre. Dakar plaide, dans ce contexte, pour un renforcement des mécanismes régionaux, une meilleure coordination entre la CEDEAO, l’Union africaine et les organisations sous-régionales, ainsi qu’une montée en puissance des instruments financiers continentaux. Le message adressé aux partenaires extérieurs est celui d’un partenariat, non d’une tutelle. Selon Seneweb.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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