L’accès au sol américain devient une équation politique pour la presse sportive internationale. L’Association internationale de la presse sportive (AIPS) a publiquement interpellé la Fédération internationale de football (FIFA) après la multiplication de signalements émanant de reporters confrontés à des refus ou à des délais déraisonnables dans le traitement de leurs demandes de visas pour les États-Unis. La question, à première vue administrative, prend une dimension stratégique à l’approche de la Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Une alerte de l’AIPS à un an du Mondial 2026
Plusieurs journalistes accrédités, en particulier issus du Sud global, témoignent de procédures consulaires durcies, d’entretiens ajournés et de motifs de rejet jugés flous. L’AIPS, qui fédère des associations nationales de presse sportive sur tous les continents, considère que ces restrictions menacent directement le principe de couverture libre et équitable d’un événement de portée universelle. Pour l’organisation, le risque est double : priver des audiences entières de récits produits par leurs propres correspondants, et concentrer la narration du tournoi entre les mains de rédactions occidentales mieux dotées en ressources juridiques.
L’appel adressé à la FIFA n’est pas anodin. L’instance dirigée par Gianni Infantino dispose d’un poids diplomatique réel auprès des pays hôtes, qu’elle a déjà mobilisé par le passé pour obtenir des facilités migratoires destinées aux supporters, aux délégations et aux médias. L’AIPS demande désormais que ce levier soit activé en faveur des journalistes, considérés comme un maillon indispensable de l’écosystème événementiel.
Les correspondants africains et arabes en première ligne
Si l’AIPS ne désigne pas nominalement de pays visés par les blocages, plusieurs reporters africains et originaires du Moyen-Orient figurent parmi les voix montantes. Le durcissement de la politique migratoire américaine, engagé sous l’administration Trump avec des proclamations restreignant l’entrée de ressortissants de certaines nationalités, complique mécaniquement la délivrance des visas de la catégorie I, normalement réservée aux représentants de médias étrangers. Les rédactions sénégalaises, marocaines, égyptiennes ou ivoiriennes, qui prévoient un déploiement éditorial massif autour du Mondial, redoutent de voir leurs équipes amputées d’envoyés spéciaux pourtant validés par les processus d’accréditation FIFA.
Le précédent qatari de 2022 reste dans les mémoires. Doha avait alors mis en place un dispositif accéléré, articulé à la Hayya Card, pour fluidifier l’entrée des journalistes accrédités. Les organisateurs nord-américains n’ont pas, à ce stade, annoncé d’équivalent juridiquement contraignant. Or les délais d’obtention d’un visa journalistique aux États-Unis peuvent dépasser plusieurs mois selon les postes consulaires, ce qui rend la planification éditoriale particulièrement périlleuse pour des médias aux moyens limités.
Souveraineté narrative et enjeux diplomatiques
Derrière la question consulaire se joue une bataille de souveraineté narrative. Pour de nombreuses rédactions africaines, couvrir sur place les performances des sélections nationales du continent constitue un investissement éditorial majeur, à l’image de la dynamique observée autour des parcours marocain ou sénégalais ces dernières années. Une couverture déléguée à des agences internationales reviendrait, en pratique, à céder l’écriture du récit sportif à des tiers, avec les biais que cela implique.
L’initiative de l’AIPS ouvre par ailleurs un terrain de friction inédit entre la FIFA et son hôte principal. L’instance internationale, dont le siège est en Suisse mais qui a multiplié les implantations américaines, devra arbitrer entre la défense de ses partenaires médias et la préservation de sa relation politique avec Washington. Concrètement, des canaux diplomatiques pourraient être ouverts entre la FIFA, le Département d’État américain et les fédérations nationales concernées afin d’établir une procédure dédiée aux titulaires d’une accréditation officielle.
Reste que le temps presse. Le calendrier du tournoi, qui s’ouvrira en juin 2026 avec un format élargi à 48 équipes, impose des arbitrages rapides. Les médias africains et moyen-orientaux, qui comptent parmi les plus mobilisés autour de la compétition, attendent désormais un signal clair. Selon Dakaractu, l’AIPS entend maintenir la pression jusqu’à l’obtention de garanties tangibles.
Pour aller plus loin
Ebola en RDC : la commissaire européenne Hadja Lahbib en visite à Bunia · La France distingue le magistrat sénégalais Mame Mandiaye Niang · Ousmane Sonko attendu à Yaoundé pour la 51e session de l’APF

Be the first to comment on "Visas américains : l’AIPS demande à la FIFA d’intervenir"