Côte d’Ivoire-UE : 1 074 lignes tarifaires dans la 4e phase de l’APE

A view of large cranes and cargo containers at the busy Abidjan Terminal port.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique (APE) entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne franchit un nouveau palier. La quatrième phase du démantèlement tarifaire, désormais engagée, porte sur 1 074 lignes tarifaires supplémentaires ouvertes aux produits en provenance des Vingt-Sept. Ce mouvement s’inscrit dans la trajectoire de libéralisation progressive convenue entre Abidjan et Bruxelles depuis l’entrée en vigueur de l’accord intérimaire.

Un calendrier de libéralisation étalé sur quinze ans

L’APE conclu entre la Côte d’Ivoire et l’UE prévoit une ouverture graduelle du marché ivoirien, séquencée en plusieurs phases pour préserver les recettes douanières et les filières sensibles. Après trois vagues successives, la quatrième étape élargit sensiblement le périmètre des marchandises européennes bénéficiant d’un allègement ou d’une exonération de droits de porte. Les 1 074 lignes tarifaires concernées couvrent un éventail de biens intermédiaires, d’équipements et de produits manufacturés destinés au marché ivoirien.

Le dispositif repose sur une architecture négociée : certains produits, jugés stratégiques pour la souveraineté alimentaire ou industrielle, restent exclus du démantèlement. C’est notamment le cas de plusieurs catégories agricoles et de biens de consommation courante que les autorités ivoiriennes ont choisi de sanctuariser afin de protéger leurs producteurs nationaux.

Un enjeu de compétitivité pour le tissu productif ivoirien

L’accélération du démantèlement soulève une question centrale pour l’économie ivoirienne : la capacité des entreprises locales à soutenir la pression concurrentielle d’importations européennes désormais moins chères à l’entrée. Les industriels d’Abidjan pointent régulièrement les écarts de productivité, le coût de l’énergie et le déficit d’infrastructures logistiques comme autant de handicaps face aux exportateurs du Vieux Continent.

Reste que l’APE n’est pas qu’un outil d’ouverture. Il prévoit également un volet d’accompagnement au développement, censé financer la mise à niveau des filières et l’appui aux petites et moyennes entreprises. Les autorités ivoiriennes misent sur cette contrepartie pour transformer la libéralisation en levier de modernisation, plutôt qu’en simple facteur d’exposition. La question du fléchage effectif de ces appuis, et de leur volume, demeure toutefois l’un des points de vigilance des organisations professionnelles locales.

Sur le plan budgétaire, l’impact sur les recettes de la Direction générale des douanes constitue un autre paramètre suivi de près. Chaque phase du démantèlement rogne mécaniquement une part des perceptions à l’importation, dans un contexte où l’État ivoirien cherche à consolider ses ressources internes et à élargir l’assiette fiscale non douanière. La quatrième phase, plus large que les précédentes, amplifie cette équation.

Un signal envoyé aux partenaires commerciaux

Au-delà de ses effets techniques, l’entrée en vigueur de cette nouvelle vague de baisse des droits confirme l’ancrage européen du commerce extérieur ivoirien. L’Union européenne demeure l’un des principaux partenaires commerciaux d’Abidjan, absorbant une part significative des exportations de cacao, de caoutchouc naturel, de fruits tropicaux et de produits transformés. Le maintien du cap sur l’APE traduit la volonté ivoirienne de sécuriser cet accès préférentiel au marché européen, alors que d’autres pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’ont pas ratifié l’accord régional équivalent.

Ce positionnement singularise la Côte d’Ivoire, aux côtés du Ghana, dans une région où le débat sur les APE reste vif. Les détracteurs y voient un frein à l’industrialisation et à la construction du marché commun ouest-africain, tandis que ses défenseurs mettent en avant la stabilité juridique offerte aux exportateurs et la prévisibilité des règles commerciales avec Bruxelles.

La quatrième phase intervient également dans un environnement continental transformé par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Les autorités ivoiriennes devront composer avec cette double dynamique : approfondir l’ouverture vis-à-vis de l’UE tout en construisant leur intégration au marché africain unifié. L’articulation entre ces deux logiques constituera l’un des tests majeurs de la politique commerciale ivoirienne dans les prochaines années. Selon Abidjan.net, la nouvelle phase couvre bien 1 074 lignes tarifaires ouvertes aux produits européens.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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