Le signalement d’un cas suspect d’Ebola au Nigeria a conduit les autorités camerounaises à relever le niveau de vigilance sanitaire sur l’ensemble de leur frontière occidentale. Pays voisin le plus directement exposé en zone CEMAC, le Cameroun partage avec son grand voisin anglophone près de 1 500 kilomètres de frontière poreuse, traversée chaque jour par des commerçants, des éleveurs transhumants et des populations déplacées par la crise sécuritaire du bassin du lac Tchad. Dans ce contexte, le renforcement du dispositif de riposte annoncé par Yaoundé constitue autant une mesure sanitaire qu’un test grandeur nature de la coordination régionale.
Une géographie frontalière qui dicte la riposte camerounaise
La frontière camerouno-nigériane s’étire du golfe de Guinée aux rives du lac Tchad, traversant quatre régions administratives camerounaises : le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, l’Adamaoua et l’Extrême-Nord. Chacune présente une exposition différente au risque de propagation virale. Les régions anglophones concentrent des flux migratoires continus depuis le déclenchement, en 2016, de la crise sécessionniste, tandis que l’Extrême-Nord reste marqué par les mouvements liés à l’insurrection de Boko Haram et aux déplacements de réfugiés.
Cette configuration impose une surveillance différenciée. Les points d’entrée officiels, à l’image d’Ekok, de Banki ou de Kousseri, ne captent qu’une fraction des passages réels. Les corridors commerciaux informels, notamment pour le bétail et les produits agricoles, échappent largement au contrôle des services sanitaires. Toute stratégie de riposte efficace doit donc articuler contrôle aux postes-frontières officiels et surveillance communautaire active dans les zones de brousse, un modèle que la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone avaient dû improviser dans l’urgence lors de l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016.
L’héritage opérationnel de 2014 et des flambées récentes
Le Cameroun n’avait pas été directement touché par l’épidémie ouest-africaine qui avait fait plus de 11 300 morts entre 2014 et 2016 selon le bilan consolidé par l’Organisation mondiale de la santé. Il avait toutefois activé, à l’époque, un plan national de contingence qui lui avait permis de former des équipes de surveillance et d’identifier des sites d’isolement. L’expérience acquise face aux flambées plus récentes de la souche Zaïre en République démocratique du Congo, où l’OMS a dénombré une quinzaine d’épisodes épidémiques depuis 1976, ainsi que la gestion de la pandémie de Covid-19, ont consolidé les capacités du ministère de la Santé publique en matière de traçage des contacts et de laboratoires mobiles.
Deux outils déterminants ont changé la donne depuis la précédente décennie. Le vaccin Ervebo, préqualifié par l’OMS en 2019 contre la souche Zaïre, permet désormais des campagnes de vaccination en anneau autour des cas confirmés. Les traitements à base d’anticorps monoclonaux, approuvés en 2020, offrent des taux de survie significativement améliorés lorsqu’ils sont administrés précocement. Reste que leur disponibilité en Afrique centrale dépend de stocks régionaux gérés en partie par Africa CDC et par l’alliance Gavi, et que leur acheminement rapide vers des zones enclavées demeure un défi logistique majeur.
Un test pour l’architecture sanitaire régionale
Au-delà du Cameroun, l’épisode interroge la capacité de l’Organisation de coordination pour la lutte contre les endémies en Afrique centrale (OCEAC), bras sanitaire de la CEMAC basé à Yaoundé, à jouer son rôle de plateforme d’alerte régionale. Depuis la transformation en 2023 d’Africa CDC en agence autonome de l’Union africaine, dotée de prérogatives élargies, la cartographie des financements de l’alerte précoce sur le continent se redessine. Les bailleurs traditionnels, États-Unis en tête via les CDC d’Atlanta, ont vu leurs engagements fluctuer, laissant une place accrue aux partenariats avec l’Union européenne, la Banque mondiale via le Fonds de lutte contre les pandémies, et des acteurs émergents comme la Fondation Mastercard.
Pour les décideurs de la sous-région, la question n’est plus seulement d’empêcher l’entrée du virus, mais de démontrer que le dispositif CEMAC peut fonctionner sans attendre l’activation d’un mécanisme international. La réponse apportée dans les prochaines semaines pèsera sur la crédibilité de l’ensemble des États d’Afrique centrale auprès des investisseurs sanitaires et des agences de notation du risque pays, de plus en plus attentives à la résilience épidémique comme facteur de stabilité macroéconomique.
Pour aller plus loin
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