La résurgence d’Ebola dans trois provinces orientales de la République démocratique du Congo place toute la sous-région en alerte. Selon le dernier bilan officiel des autorités sanitaires congolaises, 904 cas suspects et 220 décès suspects ont été recensés dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Sur ce total, 101 contaminations et dix décès sont à ce stade confirmés par les laboratoires. Le poids de l’épidémie, encore concentré dans l’est congolais, suffit à déclencher des protocoles de précaution chez plusieurs voisins, à commencer par la Centrafrique.
Bangui active son dispositif de veille épidémiologique
Le ministère centrafricain de la Santé a annoncé en fin de semaine le renforcement de la surveillance épidémiologique sur l’ensemble du territoire national et la sécurisation des points d’entrée terrestres, fluviaux et aériens. L’objectif affiché est de détecter au plus vite toute introduction du filovirus depuis le territoire congolais, avec lequel la République centrafricaine partage une longue frontière sud, particulièrement poreuse dans le bassin de l’Oubangui. Les autorités sanitaires, sécuritaires et administratives concernées ont reçu des instructions formelles pour appliquer les procédures de contrôle sanitaire renforcé.
Sur le plan diagnostique, le ministre centrafricain de la Santé a indiqué que les réactifs et consommables nécessaires à l’identification du virus sont d’ores et déjà disponibles à l’Institut Pasteur de Bangui. Cet établissement, pivot historique de la riposte aux maladies à fort potentiel épidémique en Afrique centrale, doit garantir une capacité de confirmation rapide en cas d’alerte. La disponibilité immédiate des intrants conditionne la réactivité du dispositif, dans une zone où les délais d’acheminement depuis l’étranger peuvent transformer une suspicion en foyer actif.
Une riposte régionale qui se coordonne dans l’urgence
La République démocratique du Congo elle-même a durci ce week-end ses mesures restrictives pour tenter de contenir la propagation. Le pays, qui en est à sa quinzième flambée d’Ebola depuis 1976, dispose d’une expérience opérationnelle reconnue, notamment dans le déploiement du vaccin Ervebo et la mise en place de couloirs sanitaires. La concentration actuelle des cas dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu complique néanmoins la riposte, ces territoires étant déjà fragilisés par l’insécurité armée et les déplacements massifs de populations.
Plusieurs États de la région ont, dans le même temps, relevé leur niveau de vigilance. Au-delà de la Centrafrique, les pays partageant des corridors commerciaux avec l’est congolais surveillent étroitement les flux transfrontaliers. Pour Bangui, la préoccupation est double. La frontière méridionale concentre des échanges humains et marchands difficiles à filtrer intégralement. Et le système de santé centrafricain, déjà éprouvé par la persistance d’autres pathologies, dispose de marges de manœuvre limitées en cas d’introduction du virus sur son sol.
L’Institut Pasteur de Bangui en première ligne
La centralité accordée à l’Institut Pasteur de Bangui dans le dispositif national illustre le rôle stratégique des plateformes de référence régionales. L’établissement assure la confirmation biologique des cas suspects et alimente la remontée d’information vers les autorités sanitaires. Son intégration aux réseaux internationaux de surveillance, dont l’Organisation mondiale de la santé et Africa CDC, doit faciliter le partage d’échantillons et la coordination des séquençages, déterminants pour caractériser la souche en circulation.
Reste que la prévention dépendra largement de la capacité des équipes de terrain à former le personnel des postes-frontières, à équiper les structures sanitaires de première ligne et à sensibiliser les communautés exposées. La RDC ayant déjà démontré que la rapidité de la mobilisation conditionne l’ampleur finale d’une épidémie d’Ebola, les semaines à venir seront décisives pour l’ensemble des pays riverains. Concrètement, c’est la fluidité de la chaîne alerte-diagnostic-isolement-vaccination qui déterminera l’efficacité du cordon sanitaire centrafricain. Selon RFI Afrique.
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