En Mauritanie, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a engagé lundi 8 juin un échange direct avec les chefs de file de l’opposition, dans un format inhabituel par sa durée. La séance, tenue au palais présidentiel de Nouakchott, s’est étirée sur une dizaine d’heures et a réuni l’essentiel des partis contestataires de la majorité au pouvoir. Une démarche qui tranche avec l’habituelle distance institutionnelle entre l’exécutif et ses opposants, et qui intervient alors que plusieurs dossiers économiques et sécuritaires se télescopent.
Une rencontre sous tension entre hydrocarbures et sécurité intérieure
L’ordre du jour, dense, traduit l’ampleur des fronts ouverts pour la présidence mauritanienne. La crise des hydrocarbures figurait en tête des préoccupations, alors que le pays mise sur l’exploitation de ses ressources gazières offshore pour transformer sa trajectoire économique. Les retards et incertitudes entourant la production pèsent sur les anticipations budgétaires et alimentent les critiques de l’opposition, qui réclame davantage de transparence sur la gouvernance du secteur extractif.
Les restrictions de circulation nocturne, instaurées dans plusieurs régions sensibles, ont également occupé une part importante des discussions. Les responsables politiques reçus au palais ont fait valoir l’impact de ces mesures sur la vie quotidienne et l’activité économique, en particulier dans les zones frontalières exposées aux risques sécuritaires régionaux. La présidence, de son côté, défend une approche prudente face à un environnement sahélien marqué par la persistance des groupes armés et l’instabilité au Mali voisin.
Le dialogue national, ligne de partage entre majorité et opposition
La relance du dialogue national, promesse récurrente du second mandat d’El Ghazouani, constitue l’autre grand chantier abordé. L’opposition mauritanienne en conditionne l’aboutissement à des garanties concrètes sur la réforme du cadre électoral, la composition de la future commission indépendante chargée des scrutins et l’ouverture du paysage médiatique. Les responsables présents ont insisté sur la nécessité d’un processus inclusif, distinct des consultations sectorielles déjà engagées par le gouvernement.
Reste que le principal point d’achoppement demeure la question des mandats. Les partis d’opposition refusent toute évolution constitutionnelle qui modifierait le régime actuel de limitation à deux mandats présidentiels, redoutant un mécanisme analogue à ceux observés dans plusieurs pays voisins. La majorité présidentielle, sans afficher publiquement une telle ambition, n’a pas levé l’ambiguïté lors des échanges. Cette zone grise nourrit la méfiance et explique pour partie la longueur inhabituelle de la rencontre.
Un calendrier politique sous pression
Le contexte régional ajoute à la sensibilité de l’exercice. La Mauritanie, dernier maillon stable de la façade ouest-saharienne, occupe une position diplomatique stratégique entre le Maghreb, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et les régimes de transition de l’Alliance des États du Sahel. Nouakchott a hérité, ces derniers mois, d’un rôle de médiation que l’instabilité interne pourrait fragiliser. La capacité du chef de l’État à désamorcer les crispations politiques nationales conditionne, en partie, ce capital diplomatique.
Sur le plan économique, la dépendance aux financements internationaux et aux partenariats énergétiques avec des opérateurs comme BP ou Kosmos Energy impose une visibilité politique minimale. Les bailleurs et investisseurs scrutent la qualité du climat institutionnel, à l’heure où le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal, est appelé à monter en puissance. Pour l’opposition, l’ouverture du dialogue représente une fenêtre pour peser sur les arbitrages sectoriels et obtenir des concessions politiques tangibles.
À l’issue de la séance, aucun communiqué conjoint n’a été publié, signe que les divergences l’ont emporté sur les convergences. Les participants se sont toutefois accordés sur le principe de nouvelles rencontres, sans calendrier précis. Le président El Ghazouani devrait, dans les prochaines semaines, préciser sa feuille de route pour le dialogue national, sous la pression d’une opposition désormais mieux structurée et d’une opinion attentive à la gestion de la manne gazière. Selon RFI Afrique.
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