Le cas singapourien s’invite au cœur de la réflexion stratégique des dirigeantes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Douze femmes occupant des fonctions de haute responsabilité dans l’administration publique et le secteur privé de la sous-région participent à Abidjan à un séminaire conjoint de l’Institut national d’administration (INAD-CI) et du Centre africain supérieur (CAS). L’objectif affiché : transposer les leçons de l’émergence singapourienne au contexte ouest-africain, en particulier sous l’angle du leadership féminin.
Un référentiel asiatique pour repenser la gouvernance ouest-africaine
Singapour fascine les élites africaines depuis plusieurs décennies. La cité-État est passée, en moins d’une génération, du statut de port colonial modeste à celui de hub financier et technologique de premier plan. Sa planification rigoureuse, la professionnalisation de sa fonction publique et l’intégrité de sa haute administration figurent parmi les ingrédients les plus fréquemment cités. Pour des hauts cadres issus de pays de l’UEMOA confrontés à des défis de performance publique, ce référentiel constitue un matériau pédagogique précieux.
La session accueillie par l’INAD-CI s’inscrit dans cette logique de benchmarking. Plutôt que de se limiter à une présentation descriptive, les travaux visent à identifier les mécanismes institutionnels transposables : méritocratie dans le recrutement des cadres de l’État, continuité des politiques publiques par-delà les alternances, arbitrages budgétaires orientés vers l’investissement productif. Autant de leviers que les participantes sont invitées à confronter aux réalités de leurs administrations respectives.
Douze trajectoires féminines au service de l’intégration régionale
Le choix d’un format restreint, limité à douze dirigeantes, traduit une volonté de travail en profondeur. Les profils rassemblés couvrent plusieurs segments du pouvoir économique et administratif au sein des huit États membres de l’UEMOA. Cette diversité sectorielle nourrit la qualité des échanges et élargit le champ des applications envisageables, qu’il s’agisse de régulation, de finance publique ou de pilotage d’entreprises à capitaux publics.
La place des femmes aux postes décisionnels demeure un chantier sensible dans la zone UEMOA. Les statistiques régionales montrent une progression réelle mais inégale, avec des écarts marqués selon les pays et les secteurs. Les conseils d’administration des grandes entreprises, les directions générales des régies financières ou encore les cabinets ministériels restent majoritairement masculins. En confiant à douze femmes la mission d’explorer un modèle étranger réputé exigeant, l’INAD-CI envoie un signal clair sur le rôle attendu de ces dirigeantes dans la conduite des réformes.
Un pont entre formation continue et politiques publiques
L’articulation entre l’INAD-CI, pilier ivoirien de la formation des hauts cadres, et le Centre africain supérieur, dont la vocation régionale s’étend à l’ensemble de l’espace francophone ouest-africain, illustre une tendance de fond. Les institutions de formation à l’administration publique cherchent à dépasser la simple mise à niveau technique pour devenir des lieux de production de doctrine. Étudier Singapour, ce n’est pas seulement admirer une réussite. C’est aussi interroger la compatibilité entre des trajectoires historiques, politiques et culturelles différentes.
Plusieurs limites balisent l’exercice. La cité-État s’appuie sur une taille réduite, une population urbaine concentrée et un régime politique singulier qui rendent la transposition directe hasardeuse. À l’inverse, les États de l’UEMOA composent avec des territoires vastes, des populations rurales importantes et des équilibres démocratiques pluralistes. Les participantes devront donc arbitrer entre inspiration et adaptation, en identifiant les principes généralisables plutôt que les recettes toutes faites.
Concrètement, ce type de séminaire peut nourrir la fabrique des politiques publiques à moyen terme. Les réseaux de dirigeantes qui se tissent à cette occasion constituent un capital relationnel durable, utile aux négociations intra-communautaires comme à la conduite de réformes sectorielles. Dans une UEMOA qui cherche à consolider son marché intérieur et à densifier ses chaînes de valeur, la montée en compétence des cadres dirigeants, femmes comprises, figure parmi les déterminants de la compétitivité régionale. Selon Abidjan.net, la session s’achèvera par la restitution des travaux menés autour du cas singapourien.
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