La Commission de l’Union africaine (UA) a accueilli favorablement la décision de Pékin d’appliquer un régime de zéro droit de douane aux produits originaires du continent africain. Son président a salué une initiative jugée opportune, intervenant alors que les tensions commerciales et les incertitudes géoéconomiques fragilisent les perspectives des économies émergentes. Le geste chinois est interprété à Addis-Abeba comme un signal politique autant que comme un instrument d’expansion des échanges Sud-Sud.
La mesure s’inscrit dans le prolongement des engagements pris lors des derniers sommets du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), où Pékin avait annoncé son intention d’ouvrir davantage son marché aux biens africains. Pour la Commission de l’UA, cette franchise douanière constitue un levier concret destiné à corriger un déséquilibre structurel : l’Afrique demeure fournisseur de matières premières et importateur massif de produits manufacturés chinois. Réduire les barrières tarifaires à l’entrée du marché chinois pourrait, à terme, favoriser une montée en gamme des exportations africaines.
Un signal politique dans un contexte protectionniste
L’annonce chinoise prend un relief particulier alors que plusieurs grandes économies renforcent leurs dispositifs protectionnistes. Les relèvements tarifaires décidés à Washington, les mécanismes d’ajustement carbone adoptés par l’Union européenne et la multiplication des mesures non tarifaires pèsent sur les exportateurs africains. Dans ce paysage contraint, Pékin choisit la trajectoire inverse en élargissant l’accès de son marché intérieur, fort de plus de 1,4 milliard de consommateurs.
Pour la présidence de la Commission de l’UA, cette orientation conforte la rhétorique chinoise d’un partenariat gagnant-gagnant et renforce l’image de Pékin comme acteur stable face à l’imprévisibilité des politiques commerciales occidentales. L’argument est d’autant plus mobilisateur que la Chine demeure, depuis plus d’une décennie, le premier partenaire commercial bilatéral de l’Afrique, avec des échanges qui ont franchi le seuil des 280 milliards de dollars ces dernières années.
Des retombées potentielles pour les filières agricoles et industrielles
Concrètement, la suppression des droits de douane ouvre des perspectives pour les filières agricoles africaines, notamment le cacao, le café, les fruits tropicaux, le sésame ou encore l’avocat, qui peinent à pénétrer durablement le marché chinois face à la concurrence latino-américaine et asiatique. Plusieurs pays d’Afrique de l’Est et du golfe de Guinée pourraient rapidement tirer parti d’un accès facilité, à condition de lever les contraintes sanitaires et phytosanitaires imposées par les autorités chinoises.
Le dispositif bénéficie également à des segments industriels émergents, comme le textile éthiopien, les cuirs d’Afrique australe ou les produits transformés des zones économiques spéciales implantées avec un appui capitalistique chinois. Reste que l’efficacité du mécanisme dépendra largement de la capacité des États africains à respecter les normes techniques chinoises, à structurer des chaînes logistiques fiables et à négocier des quotas opérationnels. Sans accompagnement ciblé, la franchise risque de rester une opportunité théorique pour les économies les moins outillées.
La ZLECAf en toile de fond
L’initiative chinoise intervient alors que l’Afrique cherche à consolider sa Zone de libre-échange continentale (ZLECAf), instrument censé muscler l’intégration régionale et renforcer le pouvoir de négociation collectif du continent. La coïncidence est loin d’être anodine. En combinant une ouverture intra-africaine et un accès préférentiel au marché chinois, les États du continent pourraient développer des stratégies d’exportation plus cohérentes, en particulier dans les biens intermédiaires et les produits agroalimentaires transformés.
Pour la Commission de l’UA, l’enjeu consiste désormais à transformer l’annonce politique en gains mesurables. Cela supposera un dialogue technique soutenu avec les autorités douanières chinoises, la mise en place d’observatoires des flux et un accompagnement financier pour les petites et moyennes entreprises souhaitant se positionner sur ce marché. La crédibilité du partenariat sino-africain se jouera dans les prochains mois, autour de la capacité des deux parties à traduire cette franchise en contrats concrets et en diversification effective des exportations africaines. Selon Journal du Cameroun.
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