Le parlementaire libanais Hussein Hajj Hassan, membre du bloc de la Loyauté à la Résistance, a haussé le ton contre la ligne diplomatique adoptée par les autorités de Beyrouth face à Washington. Dans une intervention rapportée par la presse libanaise, l’élu de la Békaa a demandé pourquoi l’ambassadrice américaine au Liban n’a jamais été convoquée par le ministère des Affaires étrangères, alors même que ses prises de position publiques suscitent la controverse. Selon lui, les négociations en cours n’ont apporté aucun gain concret à l’État libanais.
Un silence diplomatique qui interroge à Beyrouth
La question de la convocation d’un ambassadeur étranger, procédure classique en droit international lorsqu’un État estime que la représentation d’un pays tiers a franchi une ligne rouge, revient régulièrement dans le débat politique libanais. Hajj Hassan pointe une asymétrie de traitement, jugeant que les déclarations attribuées à la cheffe de la mission diplomatique américaine auraient justifié une réponse formelle du Grand Sérail. L’exécutif libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis le début de l’année, s’est jusqu’ici gardé de tout geste susceptible d’irriter l’administration Trump, dont l’émissaire Amos Hochstein puis Morgan Ortagus ont piloté les discussions relatives à la trêve avec Israël.
Pour le député, cette retenue confine à la déférence. Il y voit le symptôme d’un rapport de force déséquilibré, où Beyrouth accepterait de subir les injonctions extérieures sans exiger la moindre réciprocité. La question posée est donc politique autant que protocolaire : elle interroge la marge de manœuvre réelle d’un État dont la souveraineté est régulièrement contestée sur son propre territoire, notamment par les frappes israéliennes qui se poursuivent malgré l’accord de cessation des hostilités entré en vigueur fin novembre 2024.
Des négociations jugées stériles pour le Liban
Le second volet de l’intervention de Hajj Hassan porte sur le bilan des pourparlers indirects avec Israël. L’élu du Hezbollah affirme que ce processus n’a rien produit de tangible pour le pays du Cèdre. Le retrait israélien des localités frontalières du Sud-Liban demeure partiel, plusieurs positions restant occupées au-delà des échéances initialement fixées. Les frappes aériennes et ciblages de cadres du Hezbollah se sont poursuivis dans la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth, en violation, selon Beyrouth, des engagements pris à Naqoura.
Cette lecture s’inscrit dans une bataille narrative interne au Liban. D’un côté, une partie de la classe politique et des soutiens occidentaux plaident pour un désarmement du Hezbollah au nord du Litani, préalable jugé indispensable à toute stabilisation durable et à la reconstruction du sud. De l’autre, le camp de la Résistance considère que les concessions déjà consenties, notamment le retrait de ses combattants de la zone frontalière, n’ont été suivies d’aucune contrepartie américaine ou israélienne. Hajj Hassan résume cette impasse par une formule sans détour : les négociations n’ont rien rapporté au Liban.
Un débat interne sur la souveraineté
Au-delà de la polémique du jour, la sortie du député renvoie à un débat plus structurel sur l’autonomie décisionnelle de l’État libanais. La reconstruction du Sud et de la Békaa, chiffrée par la Banque mondiale à plusieurs milliards de dollars, reste suspendue à l’attitude des bailleurs du Golfe et des institutions financières internationales. Or ces derniers conditionnent leurs engagements à des avancées politiques dont Washington est l’arbitre de facto.
Dans ce cadre, la question de la convocation de l’ambassadrice américaine dépasse le geste diplomatique. Elle cristallise le malaise d’une partie de la scène libanaise face à une tutelle perçue comme croissante. Le Hezbollah, affaibli militairement par la guerre de 2024 mais toujours porté par une base électorale solide au sein de la communauté chiite, entend maintenir la pression sur un gouvernement qu’il accompagne sans totalement le soutenir. La sortie de Hajj Hassan s’apparente ainsi à un rappel adressé au président Joseph Aoun et à son Premier ministre : la latitude diplomatique du Liban ne saurait se réduire à la seule écoute des demandes formulées à Washington. Selon Al Akhbar, l’élu a insisté sur l’absence de bénéfice concret retiré par Beyrouth des discussions en cours.
Pour aller plus loin
Assala à Damas : un concert qui ravive les fractures syriennes · Arabie saoudite, Pakistan et Turquie scellent un pacte de défense · L’économie américaine perd des milliers d’emplois avec la guerre contre l’Iran

Be the first to comment on "Hussein Hajj Hassan fustige l’inertie de Beyrouth face à Washington"