Le processus de formation du gouvernement irakien à Bagdad s’enlise. Selon des informations relayées par la presse libanaise, les États-Unis ont signifié leur opposition formelle à la nomination, à des portefeuilles ministériels, de personnalités issues des factions armées du Hachd al-Chaabi proches de l’Iran. Cette ligne rouge américaine paralyse les tractations engagées par le Cadre de coordination, la principale coalition chiite issue des dernières législatives, et retarde la constitution d’un cabinet pourtant attendu depuis plusieurs semaines.
Un veto américain qui rebat les cartes à Bagdad
Le message transmis par Washington aux principales forces politiques irakiennes est sans ambiguïté. Toute participation directe de cadres affiliés aux factions de la résistance islamique en Irak à des postes de souveraineté ou à des ministères régaliens entraînerait des conséquences diplomatiques et économiques. Les canaux financiers reliant Bagdad au système bancaire international, en particulier l’accès aux réserves en dollars logées à la Réserve fédérale de New York, constituent le levier de pression le plus régulièrement évoqué dans les coulisses des négociations.
Cette ingérence n’est pas inédite. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, la composition de chaque gouvernement irakien fait l’objet d’un arbitrage tacite entre Washington et Téhéran. Mais la séquence actuelle revêt une intensité particulière, alors que les frappes israéliennes contre l’Iran et ses alliés régionaux ont redessiné le rapport de forces depuis l’automne 2024. Les factions visées par le veto américain sont précisément celles qui ont revendiqué, ces dernières années, des opérations contre les bases américaines en Irak et en Syrie.
Le Cadre de coordination face à ses contradictions
Au sein même de l’alliance chiite victorieuse aux urnes, les positions divergent. Une partie des dirigeants, soucieuse de préserver la stabilité macroéconomique et les flux pétroliers, plaide pour un compromis avec Washington. D’autres, plus proches des appareils armés, considèrent que céder reviendrait à entériner une tutelle étrangère sur l’exécutif irakien et à trahir les électeurs des bastions populaires du sud du pays.
Concrètement, la négociation porte sur quelques portefeuilles sensibles, parmi lesquels l’Intérieur, la Défense et certains ministères économiques. Les noms initialement avancés par les factions ont été retirés ou mis en réserve, sans qu’un consensus ne se dégage sur des profils alternatifs. Le Premier ministre désigné s’efforce de bâtir une équipe acceptable à la fois pour ses partenaires de coalition, pour les composantes sunnite et kurde, et pour les chancelleries occidentales.
Cette équation à inconnues multiples retarde l’adoption du programme gouvernemental, dont dépendent plusieurs dossiers stratégiques. L’avenir de la présence militaire américaine en Irak, encadrée par un calendrier de retrait progressif annoncé en 2024, figure en tête des priorités. La gestion des contrats gaziers avec les compagnies occidentales, l’arbitrage budgétaire avec la région autonome du Kurdistan et la poursuite de la réforme bancaire constituent autant de chantiers suspendus.
Téhéran observe, sans rompre
Du côté iranien, la prudence prévaut. Affaiblie sur le théâtre régional après les revers subis par ses relais au Liban et en Syrie, la République islamique évite toute escalade ouverte avec Washington autour du dossier irakien. Les émissaires dépêchés à Bagdad ces dernières semaines auraient conseillé aux factions alliées de privilégier une stratégie d’influence indirecte, en plaçant des proches dans les administrations et les entreprises publiques plutôt qu’au conseil des ministres.
Cette retenue tactique ne signifie pas un renoncement. Les leaders des principales factions continuent de revendiquer une part de l’exécutif au nom de leur poids électoral et de leur rôle dans la lutte contre l’organisation État islamique entre 2014 et 2017. Reste que le rapport de forces actuel, marqué par la fragilité économique de Bagdad et par la cohérence de la pression américaine, laisse peu de marge à une épreuve frontale.
Pour les partenaires économiques de l’Irak, et notamment les investisseurs du Golfe désormais très actifs dans les secteurs de l’énergie et des télécommunications, le blocage gouvernemental constitue une source d’incertitude. Plus la constitution du cabinet tarde, plus les arbitrages sur les grands appels d’offres seront différés. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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