La scène politique israélienne connaît un nouveau glissement. Selon plusieurs sondages relayés par la presse arabophone, l’ancien chef d’état-major de l’armée, Gadi Eisenkot, s’impose comme la figure montante d’un centre-droit recomposé, capable de siphonner une partie de l’électorat traditionnel du Likoud. Cette dynamique fragilise directement le Premier ministre Benyamin Netanyahu, dont la coalition subit une érosion continue depuis la guerre à Gaza et les tensions institutionnelles autour de la réforme judiciaire.
Eisenkot, nouvel aimant de l’électorat de droite
Longtemps discret depuis sa démission du cabinet de guerre en juin 2024, Gadi Eisenkot capitalise désormais sur une image d’officier intègre, distant des logiques partisanes. Les enquêtes d’opinion citées par la presse israélienne, dont celles diffusées par les chaînes 12 et 13, lui prêtent une capacité d’entraînement susceptible de repositionner l’échiquier. S’il constituait sa propre formation, celle-ci se hisserait à un niveau comparable, voire supérieur, à celui du Likoud, aujourd’hui affaibli.
Cette perspective inquiète l’entourage de Netanyahu pour une raison structurelle. L’ex-général ne se présente pas comme un candidat de la gauche libérale, mais comme une alternative de droite modérée, sécuritaire et non messianique. Il vise précisément l’électorat déçu par la gestion du 7-Octobre et par les alliances du Premier ministre avec l’extrême droite religieuse. Ce positionnement bouscule la carte mentale du bloc conservateur, jusqu’ici organisé autour d’un axe Likoud, sionisme religieux et partis ultra-orthodoxes.
Un bloc conservateur menacé de dispersion
Le risque, pour Netanyahu, ne se limite pas à une hémorragie de voix vers Eisenkot. La droite israélienne pourrait connaître une fragmentation plus large, avec la multiplication de listes concurrentes autour d’anciens ministres et de dissidents du Likoud. Or, dans le système proportionnel intégral en vigueur, le seuil électoral de 3,25 % agit comme un couperet. Chaque formation qui échoue à le franchir prive mécaniquement le camp de sièges à la Knesset.
Les projections diffusées ces derniers jours suggèrent que la coalition sortante, qui compte 64 sièges sur 120, glisserait sous la barre de la majorité en cas d’élections anticipées. Le bloc d’opposition, additionné aux voix d’Eisenkot et de Benny Gantz, dépasserait le seuil des 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement. Cette configuration ouvre la voie à une reconfiguration inédite, sans nécessairement passer par la gauche traditionnelle représentée par les travaillistes ou Meretz.
Reste que ces sondages traduisent une photographie, non un verdict. La date des prochaines législatives, prévue en octobre 2026 sauf dissolution anticipée, laisse le temps à Netanyahu de tenter une remontée. Le Premier ministre s’appuie historiquement sur sa capacité à polariser les campagnes autour d’enjeux sécuritaires et identitaires, un terrain sur lequel il conserve un savoir-faire redoutable.
Une bataille qui dépasse les frontières israéliennes
Pour les capitales arabes et les partenaires européens, la trajectoire de Netanyahu reste un paramètre stratégique de premier ordre. La poursuite de son maintien conditionne l’attitude israélienne face au dossier de la reconstruction de Gaza, aux négociations avec l’Arabie saoudite sur une éventuelle normalisation et à la gestion du front nord avec le Hezbollah libanais. L’émergence d’Eisenkot, réputé pragmatique sur le dossier palestinien sans être partisan d’un État à deux entités, introduit une variable nouvelle dans les projections des chancelleries.
Les diplomaties du Golfe scrutent particulièrement les recompositions internes. Riyad, qui a suspendu son processus de rapprochement depuis octobre 2023, conditionne toute avancée à un horizon politique pour les Palestiniens. Un gouvernement dépourvu des partis d’extrême droite Otzma Yehudit et Sionisme religieux offrirait, en théorie, une marge de manœuvre plus large. À l’inverse, un Netanyahu contraint de durcir sa base pour compenser les pertes vers Eisenkot pourrait figer davantage la position israélienne.
Concrètement, la séquence qui s’ouvre en Israël se lit à trois niveaux : la survie politique du Premier ministre le plus durable de l’histoire du pays, la mue d’un bloc conservateur privé de son ciment habituel, et l’incidence de ces mouvements sur l’équilibre régional. Selon Al Akhbar, les inquiétudes exprimées dans l’entourage de Netanyahu confirment que la menace Eisenkot est désormais prise très au sérieux par le sommet de l’exécutif israélien.
Pour aller plus loin
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