Le chef du gouvernement libanais, Nawaf Salam, a demandé à Israël de cesser immédiatement l’escalade militaire visant le territoire libanais, tout en réaffirmant que le traitement des structures armées présentes sur le sol national relève exclusivement de la responsabilité de l’État. Cette prise de position, relayée par la presse beyrouthine, intervient alors que les frappes israéliennes se poursuivent dans le sud du Liban, en dépit du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 sous parrainage américain et français.
La déclaration du Premier ministre s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue, marquée par la multiplication des raids aériens contre des localités frontalières et par les avertissements répétés de Tel-Aviv à l’encontre du Hezbollah. Pour Beyrouth, la ligne de crête consiste à assumer une autorité pleine sur l’ensemble du territoire, sans donner de gage sur une intervention étrangère qui court-circuiterait les institutions.
Une réaffirmation du monopole étatique sur la force
En insistant sur le fait que l’État libanais est « responsable du traitement des infrastructures militaires », Nawaf Salam envoie un double message. Il rappelle à Israël qu’aucune puissance extérieure n’a vocation à se substituer aux forces armées libanaises pour opérer sur le territoire national. Il adresse aussi, en filigrane, un signal aux partenaires occidentaux et au Hezbollah : la feuille de route arrêtée avec l’armée libanaise passe par un déploiement progressif au sud du Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Ce positionnement traduit la doctrine défendue depuis l’investiture du gouvernement Salam en février 2025 : reconstruire un centre décisionnel unique, capable de dialoguer avec la communauté internationale et de désamorcer les prétextes à une intervention israélienne prolongée. La formule employée par le chef du gouvernement évite soigneusement de nommer le Hezbollah, tout en actant que la question des armes non étatiques relève d’un processus interne.
Une escalade qui met à l’épreuve la trêve de novembre 2024
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée israélienne conserve des positions dans plusieurs points hauts du sud libanais et mène des frappes ciblées quasi quotidiennes, invoquant la neutralisation d’infrastructures attribuées au Hezbollah. Ces opérations, dénoncées par Beyrouth comme des violations récurrentes de l’accord, ont fait plusieurs dizaines de victimes civiles ces derniers mois selon les autorités libanaises.
La demande de Nawaf Salam intervient dans ce contexte de dégradation continue. Le Premier ministre cherche à mobiliser les garants du cessez-le-feu, en particulier Washington et Paris, pour obtenir une pression effective sur Israël. La diplomatie libanaise multiplie les démarches auprès du Conseil de sécurité et du comité de suivi de la trêve, sans que cela se traduise, à ce stade, par un recul significatif des opérations israéliennes.
Un test pour la souveraineté institutionnelle libanaise
Au-delà du volet sécuritaire, la séquence engage la crédibilité du nouvel exécutif. Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, a bâti son autorité sur la promesse d’une remise à niveau institutionnelle après plusieurs années de vacance présidentielle et de paralysie gouvernementale. Le dossier du monopole de la force constitue le principal marqueur de cette ambition, aux côtés de la reconstruction économique et de la relance des négociations avec le Fonds monétaire international.
Reste que la marge de manœuvre du gouvernement demeure étroite. L’armée libanaise, dont le déploiement au sud progresse avec le soutien logistique de plusieurs partenaires, ne dispose ni des moyens ni du mandat pour se substituer à une force multinationale face à Israël. Concrètement, la stratégie de Beyrouth mise sur la diplomatie, la légitimité internationale et le temps long. Une équation fragile, dans un environnement régional où les équilibres se recomposent au rythme des frappes.
Par ailleurs, la position exprimée par le Premier ministre trace une ligne rouge claire : toute action visant des structures armées sur le sol libanais doit passer par les institutions nationales. Cette exigence, si elle est tenue, pourrait redessiner à moyen terme les rapports entre l’État central et les acteurs non étatiques, en particulier dans la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. Selon Al Akhbar.
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