La RDC investit 1,258 milliard USD sur la ligne Dilolo-Sakania

A busy freight train yard with multiple tracks and a variety of train cars in a rural setting.Photo : Jiri Ikonomidis / Pexels

La République démocratique du Congo (RDC) franchit une étape décisive dans sa politique de désenclavement minier. Kinshasa consacre 1,258 milliard de dollars à la réhabilitation de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, tronçon congolais du corridor de Lobito qui relie l’ex-Katanga au port angolais du même nom. L’opération vise à offrir au premier producteur africain de cuivre et de cobalt un accès direct à l’océan Atlantique, réduisant sa dépendance historique aux corridors sud-africain et tanzanien.

Un corridor atlantique pour le cuivre et le cobalt congolais

Longue de plus de 1 600 kilomètres côté congolais, la ligne Dilolo-Sakania traverse la ceinture cuprifère du Lualaba et du Haut-Katanga, où sont concentrés les principaux actifs miniers du pays. Sa remise à niveau doit permettre de sortir massivement le minerai vers Lobito, sur la côte angolaise, plutôt que de le convoyer par camion vers Durban ou Dar es Salaam. Le gain logistique s’annonce considérable pour les opérateurs miniers, confrontés depuis plusieurs années à la saturation des routes régionales et à la flambée des coûts de transport.

Le tracé s’inscrit dans la mécanique plus large du Lobito Corridor, projet soutenu par les États-Unis, l’Union européenne et un consortium privé emmené par Trafigura, Mota-Engil et Vecturis. La concession angolaise a été attribuée en 2024, et l’extension vers la RDC constitue désormais le chaînon manquant. Sans modernisation du tronçon congolais, le corridor demeure inachevé et son potentiel commercial bridé.

1,258 milliard USD pour combler le chaînon manquant

L’enveloppe annoncée par Kinshasa couvre la réhabilitation de la voie, le renouvellement du matériel roulant et la mise à niveau des gares stratégiques. Le montant traduit l’ampleur du sous-investissement accumulé depuis des décennies sur le réseau de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Une partie du financement devrait provenir de partenaires bilatéraux et d’institutions de développement, dans un montage encore en cours de finalisation.

Concrètement, la modernisation doit permettre de relever significativement la capacité de fret annuelle et de raccourcir les délais d’acheminement. Les exploitants miniers présents dans la région, parmi lesquels des filiales de Glencore, CMOC, Ivanhoe Mines ou Kamoa Copper, plaident depuis longtemps pour une alternative ferroviaire crédible. La demande mondiale en cuivre, tirée par l’électrification et les infrastructures numériques, rend cette question logistique éminemment stratégique.

Un enjeu de souveraineté et de repositionnement géopolitique

Au-delà du volet technique, la réhabilitation Dilolo-Sakania s’inscrit dans une bataille géopolitique feutrée autour des minerais critiques. Washington a fait du corridor de Lobito la vitrine de sa stratégie africaine face à l’emprise chinoise sur les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement en cobalt. En parallèle, Pékin conserve un poids considérable dans le capital des mines congolaises et dans les corridors historiques vers l’océan Indien.

Pour Kinshasa, l’équation consiste à tirer parti de cette compétition sans se laisser enfermer dans un alignement unique. Le président Félix Tshisekedi a fait de la valorisation locale du cuivre et du cobalt un axe central de son second mandat, notamment via la renégociation du contrat sino-congolais et la promotion de la transformation sur place. Un corridor ferroviaire performant conditionne directement la faisabilité de ces ambitions industrielles.

Reste que le calendrier de mise en œuvre demeure incertain. Les précédents chantiers ferroviaires en RDC ont souvent souffert de retards, de surcoûts et de contentieux techniques. La réussite du projet dépendra de la capacité de la SNCC à absorber une opération d’une telle ampleur, mais aussi de la coordination avec l’opérateur angolais Lobito Atlantic Railway. Si le pari est tenu, la RDC pourrait redessiner en profondeur la géographie logistique du cuivre africain à l’horizon 2030. Selon Financial Afrik, le montant engagé s’élève à 1,258 milliard de dollars pour la seule modernisation du tronçon Dilolo-Sakania.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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