La BAD veut accélérer l’exécution de son portefeuille au Gabon

Modern cityscape of Lagos, Nigeria, with residential and commercial buildings near the ocean.Photo : onaopemipo Rufus / Pexels

Le portefeuille de la Banque africaine de développement (BAD) au Gabon, évalué à 658,6 millions de dollars, demeure entravé par des retards d’exécution que ni les autorités de Libreville ni le bailleur panafricain ne parviennent à résorber durablement. Si certains indicateurs de performance affichent une amélioration récente, l’écart persiste entre les engagements financiers pris et le rythme réel des décaissements sur le terrain. Cette situation, qui n’est pas propre au Gabon mais s’y avère particulièrement marquée, pousse la BAD à réviser ses méthodes d’accompagnement.

Un portefeuille substantiel, une exécution qui traîne

Le volume financier mobilisé par la BAD au profit du Gabon place le pays parmi les partenaires importants de l’institution en Afrique centrale. Les opérations couvrent des secteurs jugés stratégiques pour la diversification de l’économie gabonaise, dépendante des recettes pétrolières. Pourtant, les délais d’entrée en vigueur des accords de prêt, la lenteur des processus de passation des marchés et les difficultés de coordination interministérielle continuent de peser sur la cadence d’exécution.

Ces lourdeurs administratives ne sont pas nouvelles. Elles figurent depuis plusieurs années dans les revues de performance conjointes entre la BAD et le gouvernement gabonais. Reste que leur persistance interroge la capacité d’absorption de l’aide au développement dans un pays qui, sous la transition dirigée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, affiche l’ambition de reconstruire ses infrastructures et de relancer l’investissement public.

La contre-offensive méthodologique de la Banque

Pour reprendre l’initiative, la BAD a organisé à Libreville une session de travail dédiée à l’amélioration de la mise en œuvre des projets financés au Gabon. L’exercice vise à identifier, projet par projet, les goulets d’étranglement qui retardent les décaissements et à proposer des solutions opérationnelles associant les cellules d’exécution nationales, les ministères sectoriels et les équipes de la Banque. La démarche s’inscrit dans une logique désormais partagée par la plupart des grands bailleurs : passer d’une supervision purement fiduciaire à un accompagnement rapproché des maîtres d’ouvrage.

Concrètement, l’institution cherche à renforcer les compétences des équipes gabonaises en matière de passation de marchés, de gestion financière et de suivi-évaluation. Les diagnostics récurrents pointent en effet le déficit d’expertise locale et la rotation trop rapide des cadres techniques au sein de l’administration. Ces facteurs allongent mécaniquement les délais entre la signature d’un accord et le premier coup de pioche sur le terrain.

Un enjeu de crédibilité pour la transition gabonaise

Au-delà des aspects techniques, l’accélération du portefeuille BAD revêt une portée politique. Les autorités issues de la transition ont fait de la relance des chantiers d’infrastructures un marqueur de leur action. La lenteur d’exécution des projets cofinancés par les partenaires multilatéraux fragilise ce récit, alors que Libreville sollicite parallèlement d’autres bailleurs pour élargir sa base de financement concessionnel.

Pour la BAD, l’enjeu est également celui de la performance de son portefeuille régional. En Afrique centrale, l’institution est régulièrement confrontée à des taux de décaissement inférieurs à sa moyenne continentale. Le Gabon, en tant qu’économie à revenu intermédiaire disposant de capacités administratives supérieures à celles de ses voisins, constitue un test de crédibilité. Un redressement rapide des indicateurs d’exécution y enverrait un signal favorable aux investisseurs privés qui observent la trajectoire de la transition.

Les prochains mois seront déterminants. La feuille de route élaborée à l’issue de la rencontre de Libreville devra se traduire par des jalons vérifiables : accélération de la satisfaction des conditions préalables aux décaissements, réduction des délais de passation, remontée des taux d’exécution physique sur les projets phares. À défaut, le portefeuille de 658,6 millions de dollars risque de rester un potentiel non exploité plutôt qu’un levier tangible de transformation économique. Selon Gabon Review.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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