La BEAC lance un QR Code unique pour les paiements en CEMAC

Crop anonymous female employee with application on cellphone screen interacting with partner using tablet at counter in cafeteriaPhoto : Tim Douglas / Pexels

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a franchi un cap dans la modernisation des paiements en donnant son feu vert à un QR Code régional unique, destiné à couvrir l’ensemble des transactions numériques au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Ce standard commun, applicable aux six États membres, vise à interconnecter les écosystèmes bancaire et mobile jusque-là fragmentés entre le Cameroun, le Gabon, le Congo, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine. L’institut d’émission entend ainsi accélérer la digitalisation d’une zone où la bancarisation demeure inférieure à la moyenne continentale.

Un standard unifié pour six économies

La validation du QR Code régional unique répond à un constat de longue date : la coexistence de solutions propriétaires, portées par les banques commerciales et les opérateurs de mobile money, freine l’interopérabilité. Un utilisateur camerounais ne peut pas, aujourd’hui, régler aisément un achat auprès d’un commerçant gabonais avec son portefeuille électronique. Le nouveau standard, conçu sous l’égide de la BEAC, doit lever cette barrière technique en imposant un format commun lisible par tous les prestataires agréés dans la CEMAC.

Concrètement, chaque commerçant affichera un code-barres bidimensionnel unique, indépendant du prestataire de service de paiement du client. La logique est proche de celle déjà éprouvée par PIX au Brésil ou par UPI en Inde, deux systèmes devenus des références mondiales en matière d’inclusion financière. Pour la banque centrale, présidée par Yvon Sana Bangui, l’enjeu dépasse la simple commodité : il s’agit de reprendre la main sur les rails de paiement, alors que les solutions étrangères gagnent du terrain sur le continent.

Un levier d’intégration économique

Au-delà de l’aspect technique, le projet s’inscrit dans la trajectoire d’intégration économique portée par la CEMAC depuis plus de deux décennies. La libre circulation des personnes et des marchandises, longtemps entravée, trouve ici un prolongement financier tangible. Les flux transfrontaliers, largement dominés par les échanges informels et les transferts en espèces, pourraient basculer progressivement vers des canaux traçables, au bénéfice des recettes fiscales et de la lutte contre le blanchiment.

Les fintechs locales, à l’image de celles qui émergent à Douala ou à Libreville, y voient une opportunité de passage à l’échelle. Jusqu’ici cantonnées à des marchés nationaux étroits, elles pourront adresser un bassin de près de 60 millions de consommateurs sous un référentiel technique unique. Les banques traditionnelles, de leur côté, devront adapter leurs infrastructures pour rester compétitives face à des acteurs plus agiles. La BEAC devrait publier dans les prochains mois les spécifications techniques précises ainsi que le calendrier de mise en conformité.

Souveraineté numérique et défis d’exécution

La question de la souveraineté numérique traverse le dossier. En validant son propre standard, la CEMAC évite de dépendre exclusivement des schémas internationaux comme EMVCo, tout en restant compatible avec les normes globales. Ce positionnement rejoint celui adopté par la BCEAO en zone UEMOA, qui a lancé en 2024 son propre QR Code interopérable. Les deux banques centrales francophones convergent ainsi vers un modèle où la donnée de paiement demeure hébergée et gouvernée localement.

Reste que l’exécution constituera l’épreuve du feu. L’harmonisation supposera une mise à niveau simultanée des systèmes de compensation, une adhésion pleine des établissements bancaires et une acceptation par les commerçants, dont beaucoup restent équipés en terminaux vieillissants. La formation des utilisateurs finaux, dans un contexte où l’illectronisme demeure prégnant, représentera un chantier parallèle. Sans campagne d’appropriation soutenue, le risque d’un déploiement à deux vitesses, urbain contre rural, est réel.

Le succès du dispositif se jugera à la capacité de la BEAC à imposer un calendrier contraignant aux acteurs et à sanctionner les retards. La zone CEMAC dispose désormais d’un instrument technique à la hauteur de ses ambitions d’union monétaire ; encore faut-il que la volonté politique suive au niveau de chaque État membre. Selon Financial Afrik, la validation du QR Code régional unique par la banque centrale marque le point de départ opérationnel du chantier.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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