La BCEAO ouvre son sandbox FinTech aux candidatures jusqu’en 2026

A stunning aerial view of a football stadium located in Nigeria surrounded by a sprawling urban area.Photo : Deen Docs / Pexels

La BCEAO vient de franchir une étape attendue depuis plusieurs années par l’écosystème FinTech ouest-africain. L’institut d’émission commun aux huit États de l’UEMOA a invité les acteurs du paiement, du crédit numérique et des services financiers mobiles à postuler à la première promotion du Laboratoire d’innovation financière (LIF-BCEAO). L’appel, détaillé dans un guide du candidat publié sous la rubrique « FinTech dans l’UEMOA » du site de la banque centrale, fixe la clôture des dépôts au 30 novembre 2026.

Deux catégories d’acteurs sont concernées : les établissements déjà agréés par la BCEAO, qu’il s’agisse de banques, d’établissements de monnaie électronique ou d’établissements de paiement, et les jeunes pousses technologiques encore dépourvues de licence. Les uns comme les autres pourront tester, dans un périmètre délimité et sous supervision du régulateur, des produits ou des modèles d’affaires qui ne cadrent pas pleinement avec la réglementation en vigueur. Dans sa note d’information, la BCEAO précise que « la BCEAO invite les établissements agréés et les entreprises de technologies financières (FinTech) souhaitant y adhérer à soumettre leurs candidatures pour bénéficier du cadre contrôlé d’expérimentation prévu par le LIF-BCEAO ».

Un sandbox UEMOA qui arrive après ceux du Nigeria, du Kenya et du Maroc

L’initiative place enfin la zone franc ouest-africaine sur la carte continentale des bacs à sable réglementaires. La Central Bank of Nigeria a lancé son Regulatory Sandbox en 2021, après que la Securities and Exchange Commission eut mis en place son propre dispositif. La Capital Markets Authority du Kenya opère un cadre comparable depuis 2019, tandis que Bank Al-Maghrib au Maroc et la Banque centrale de Mauritanie ont annoncé des mécanismes similaires ces dernières années. L’Afrique du Sud, pionnière avec son Intergovernmental Fintech Working Group, a quant à elle fait éclore des dizaines de projets testés en conditions réelles depuis 2020.

En retenant un format par cohortes, la BCEAO s’inscrit dans la lignée de ces régulateurs. Le modèle permet de concentrer les ressources de supervision sur un nombre limité de projets, d’en tirer des enseignements communs, puis de calibrer, le cas échéant, de nouvelles normes prudentielles. Pour les FinTech, l’intérêt est double : accéder à un dialogue direct avec le régulateur et obtenir, en cas de succès, une voie accélérée vers l’agrément définitif.

Crypto-actifs écartés : un choix cohérent avec la doctrine BCEAO

L’exclusion des projets de crypto-actifs est l’un des points les plus commentés du dispositif. Elle n’est pas une surprise. La BCEAO et le ministère de l’Économie et des Finances ivoirien, parmi d’autres, avaient déjà mis en garde dès 2018 contre les risques associés aux monnaies virtuelles, pointant notamment la volatilité, le blanchiment et la protection des épargnants. La zone UEMOA, qui partage un franc CFA arrimé à l’euro, voit dans les actifs numériques décentralisés une menace potentielle pour la stabilité monétaire et le contrôle des changes.

Ce choix contraste avec celui de régulateurs comme la Financial Services Commission mauricienne ou l’Autorité des marchés financiers sud-africaine, qui ont ouvert leurs cadres expérimentaux aux actifs numériques, voire aux prestataires de services sur actifs virtuels. Reste que la BCEAO n’exclut pas la technologie sous-jacente : les projets fondés sur la tokenisation d’instruments financiers régulés ou sur des registres distribués appliqués aux paiements interbancaires pourraient, en théorie, entrer dans le périmètre du LIF, dès lors qu’ils ne reposent pas sur un crypto-actif.

Un signal pour un écosystème FinTech encore fragmenté

L’UEMOA compte, selon les recensements publiés ces trois dernières années par Partech, Briter Bridges ou Disrupt Africa, entre 300 et 400 start-up financières actives, dont une majorité concentrée en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le mobile money y a dépassé le seuil de 100 millions de comptes actifs cumulés sur la zone, selon les séries publiées par la BCEAO elle-même, portées par Wave, Orange Money, MTN MoMo et Moov Money. Cette profondeur de marché contraste avec la rareté des licences spécifiques et la lourdeur historique des procédures d’agrément.

Pour la banque centrale, le LIF est aussi un outil de veille. En observant les cas d’usage soumis par la première cohorte, elle pourra ajuster son cadre sur le paiement instantané, l’ouverture des données bancaires ou encore le crédit algorithmique, trois chantiers où la zone UEMOA accuse un retard sur ses voisins anglophones. Le succès du dispositif se mesurera moins au nombre de dossiers déposés qu’à la capacité du régulateur à transformer les enseignements des expérimentations en règles stables et lisibles pour les investisseurs.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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