L’Eswatini demeure, à ce jour, le seul État du continent africain à entretenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan. Cette singularité, héritée d’une fidélité quasi anachronique au regard de la déferlante diplomatique chinoise en Afrique, est désormais au cœur d’un nouvel épisode de tensions. Le président taïwanais a dû renoncer, dans des conditions jugées contraintes par Taipei, à son déplacement prévu dans le royaume d’Afrique australe. La cheffe de la diplomatie de l’île s’y est rendue en lieu et place du chef de l’État, avec un message sans équivoque adressé à Pékin.
Une visite reportée sous pression chinoise présumée
Selon les autorités taïwanaises, le report du voyage présidentiel résulte d’un faisceau d’initiatives diplomatiques menées par la République populaire de Chine auprès de plusieurs capitales africaines. L’objectif prêté à Pékin serait d’entraver la circulation aérienne et le passage du chef de l’État taïwanais, en exerçant des pressions sur les pays susceptibles d’autoriser un survol ou une escale technique. Mbabane n’aurait pas été directement visée, mais le corridor diplomatique reliant Taipei à l’Afrique australe se serait considérablement rétréci.
Le ministre taïwanais des Affaires étrangères, en déplacement à la place du président, a martelé que ces manœuvres ne contraindraient pas son gouvernement à infléchir sa ligne. La formule, mesurée mais ferme, traduit la volonté de Taipei de ne pas laisser s’installer le récit d’une victoire diplomatique chinoise. Pour l’île, chaque allié restant constitue un actif stratégique majeur, alors que le nombre de pays reconnaissant officiellement la République de Chine s’est réduit à une douzaine d’États dans le monde.
L’Eswatini, dernier bastion africain de Taipei
Le royaume dirigé par Mswati III maintient sa reconnaissance de Taïwan depuis 1968, soit depuis son indépendance. Ce choix, longtemps présenté comme un marqueur de fidélité personnelle du souverain, repose aussi sur une coopération bilatérale dense dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de la formation. Taipei finance plusieurs programmes structurants à Mbabane, en échange d’un soutien diplomatique précieux dans les enceintes multilatérales, où la voix de l’Eswatini compte autant que celle de n’importe quel autre État souverain.
La perte de cet allié représenterait, pour Taïwan, un revers symbolique considérable. Elle signerait l’effacement total de sa diplomatie officielle d’un continent où elle disposait encore, au tournant des années 2010, de plusieurs partenaires. Le Burkina Faso, en 2018, et plus récemment Sao Tomé-et-Principe avaient successivement basculé dans le camp de Pékin, attirés par les promesses d’investissements, de prêts concessionnels et d’infrastructures portées par les Routes de la soie.
Un terrain africain stratégique pour Pékin
La Chine fait de l’isolement diplomatique de Taïwan une priorité constante de sa politique africaine. Le principe d’une seule Chine constitue un préalable systématique à l’établissement ou au renforcement des relations avec les capitales du continent. Les sommets du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), dont la dernière édition s’est tenue à Pékin, fournissent un cadre régulier pour réaffirmer cette ligne, en l’assortissant d’engagements financiers massifs en faveur des États partenaires.
Pour les chancelleries africaines, la pression devient structurelle. Tout geste, même protocolaire, en direction de Taipei expose à des représailles diplomatiques ou commerciales. Le report de la visite présidentielle taïwanaise illustre cette mécanique : sans confrontation ouverte, la Chine parvient à restreindre concrètement la marge de manœuvre internationale de l’île, jusque dans les itinéraires aériens de ses dirigeants. Reste que l’Eswatini, en accueillant la cheffe de la diplomatie taïwanaise dans la foulée, signale qu’il n’entend pas, à ce stade, rejoindre le camp majoritaire.
Dans le même temps, Taipei multiplie les gestes pour consolider ce qu’il lui reste de présence africaine, qu’il s’agisse de bourses d’études, de missions médicales ou d’aide au développement rural. La bataille pour Mbabane n’est pas seulement bilatérale : elle engage la crédibilité de la diplomatie taïwanaise sur l’ensemble des terrains où elle entend résister à l’effacement programmé par Pékin. Selon Le Monde Afrique.
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