Le Gabon encadre l’exploitation et la commercialisation de l’iboga

A small, green seedling growing in a clay pot against a vibrant outdoor background.Photo : Ylanite Koppens / Pexels

Le Gabon a franchi une étape supplémentaire dans la régulation de sa biodiversité. Désormais, l’exploitation et la commercialisation de l’iboga, plante endémique d’Afrique centrale aux propriétés psychotropes et thérapeutiques, sont soumises à une autorisation stricte des autorités. Libreville verrouille ainsi l’accès à une ressource emblématique, longtemps prélevée sans cadre rigoureux, et dont la valeur économique mondiale n’a cessé de croître au cours de la dernière décennie.

Une ressource stratégique remise sous contrôle de l’État

La Tabernanthe iboga, arbuste de la forêt équatoriale gabonaise, occupe une place singulière dans le patrimoine national. Pilier du rite initiatique bwiti, elle est aussi étudiée par la recherche biomédicale internationale pour ses applications dans le traitement des addictions aux opiacés et à la cocaïne. Cette double dimension, culturelle et pharmacologique, a aiguisé l’appétit d’opérateurs étrangers, parfois au prix d’une exploitation anarchique des peuplements sauvages.

Face à ce constat, le gouvernement gabonais conditionne désormais toute activité liée à l’iboga, qu’il s’agisse de la récolte, de la transformation, de la cession ou de l’exportation, à la délivrance d’une autorisation administrative préalable. Le dispositif s’inscrit dans la continuité des mesures de protection adoptées depuis le classement de la plante au rang de patrimoine culturel national en 2000. Concrètement, aucune opération commerciale ne pourra être engagée sans validation des services compétents, sous peine de sanctions.

Souveraineté biologique et lutte contre la biopiraterie

La décision répond à une préoccupation ancienne des autorités et de la société civile gabonaise : la captation des bénéfices tirés de la plante par des acteurs étrangers, sans retombées pour les communautés locales ni pour l’État. Plusieurs cliniques européennes et nord-américaines proposent depuis des années des cures à base d’ibogaïne, l’alcaloïde extrait de la racine, à des tarifs élevés. Or, la matière première provient majoritairement des forêts gabonaises, où la cueillette sauvage menace la pérennité de l’espèce.

En durcissant le régime juridique, Libreville se donne les moyens de tracer les flux, de fixer des quotas et, à terme, de négocier des contrats d’accès et de partage des avantages conformes au protocole de Nagoya, dont le Gabon est partie prenante. Cette approche rejoint celle adoptée par d’autres États du bassin du Congo soucieux de protéger leurs ressources génétiques. Reste à dimensionner les capacités de contrôle sur le terrain, dans une zone forestière vaste et difficile d’accès, où la contrebande de produits forestiers non ligneux demeure une réalité documentée.

Une filière à structurer entre tradition et industrie

Au-delà de la dimension répressive, le nouveau cadre ouvre la voie à la structuration d’une véritable filière nationale. Les acteurs intéressés, qu’il s’agisse de tradipraticiens, de coopératives villageoises ou d’industriels, devront se conformer à un parcours administratif balisé. L’enjeu pour le pays est double : préserver les peuplements naturels, dont la régénération est lente, tout en captant la valeur ajoutée d’une plante recherchée par la recherche pharmaceutique mondiale.

Plusieurs questions opérationnelles restent ouvertes. Quels seront les critères d’éligibilité aux autorisations ? Quel ministère pilotera l’instruction des dossiers ? Quelle place sera réservée aux communautés détentrices des savoirs traditionnels liés au bwiti ? La crédibilité du dispositif dépendra largement de la transparence des procédures et de la capacité de l’administration à arbitrer entre intérêts économiques et impératifs de conservation.

Pour les investisseurs et partenaires internationaux, le message est clair : l’iboga n’est plus une ressource d’accès libre. Le Gabon, qui a multiplié ces dernières années les initiatives de valorisation de son capital naturel, des crédits carbone à la certification forestière, ajoute une nouvelle pierre à sa stratégie de souveraineté écologique. La réussite de la réforme se jugera à l’aune des moyens humains et techniques que la transition gabonaise consacrera à son application. Selon Info 241, le nouveau régime d’autorisation est d’ores et déjà en vigueur.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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