Le Nigeria veut rapatrier 1,8 milliard USD vers ses banques

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

La Banque centrale du Nigeria (CBN) prépare une opération de grande ampleur destinée à rapatrier 1,8 milliard de dollars de devises actuellement détenues hors du système bancaire national. Pilotée par le gouverneur Olayemi Cardoso, l’initiative vise à réinjecter ces liquidités dans les circuits formels afin de soulager un naira sous pression et de restaurer la profondeur du marché interbancaire des changes. La démarche s’inscrit dans un effort plus large de réforme monétaire engagé depuis l’arrivée de l’actuelle équipe à la tête de l’institut d’émission.

Une opération calibrée pour réoxygéner le marché des devises

Le projet de rapatriement des 1,8 milliard de dollars répond à un constat largement documenté par les acteurs financiers nigérians. Une part substantielle des devises générées par l’économie, en particulier par les exportations pétrolières et les transferts de la diaspora, échappe aux canaux bancaires officiels et alimente un marché parallèle qui pèse sur la formation du taux de change. La CBN entend remettre ces flux dans le giron des banques commerciales agréées pour le commerce international.

Concrètement, l’institution dirigée par Olayemi Cardoso mise sur un assouplissement des règles encadrant la détention et la déclaration de devises, doublé d’incitations à la conversion volontaire. L’objectif est double : élargir l’offre de dollars sur le marché officiel et réduire l’écart historiquement creusé entre le taux administré et le taux parallèle. Depuis la libéralisation partielle du change amorcée en 2023, cet écart demeure l’un des principaux thermomètres de la confiance des opérateurs envers la politique monétaire fédérale.

Cardoso et la doctrine de réhabilitation du naira

Nommé à la tête de la CBN à l’automne 2023, Olayemi Cardoso a fait de la restauration de la crédibilité monétaire son chantier prioritaire. Le gouverneur a multiplié les hausses de taux directeurs pour casser la dynamique inflationniste et tenter de stabiliser la monnaie nationale. Le naira a connu plusieurs épisodes de dévaluation marqués, avant de retrouver une trajectoire plus contenue grâce à une combinaison de resserrement monétaire et d’injections ponctuelles de liquidités étrangères.

Le rapatriement annoncé prolonge cette logique. En consolidant les réserves opérationnelles des banques commerciales, la CBN cherche à donner à ces dernières les moyens de répondre aux besoins des importateurs, des industriels et des compagnies aériennes, dont les arriérés en devises ont longtemps grippé l’activité. La fluidité de l’accès au dollar conditionne directement la capacité du Nigeria à attirer les investisseurs étrangers, encore prudents face aux contraintes de rapatriement des dividendes.

Reste que la manœuvre comporte ses propres limites. Les détenteurs de devises hors système bancaire, qu’il s’agisse de particuliers, d’entreprises ou d’opérateurs informels, doivent être convaincus que les taux pratiqués sur le marché officiel reflètent la réalité économique. À défaut, les flux continueront de privilégier les circuits parallèles, perpétuant la fragmentation du marché et la pression sur les réserves de change.

Un signal adressé aux marchés et aux partenaires

Au-delà de son impact technique, l’opération porte une dimension politique forte. Elle vise à rassurer le Fonds monétaire international, les agences de notation et les investisseurs obligataires, qui scrutent la capacité d’Abuja à honorer ses engagements extérieurs. Le Nigeria a multiplié ces derniers mois les opérations sur les marchés internationaux, avec un retour remarqué sur les eurobonds. Toute amélioration du fonctionnement du marché des changes renforce la prime de confiance accordée à la signature souveraine.

Pour les banques nigérianes, cotées pour les plus importantes à la Bourse de Lagos, l’afflux attendu de devises représente une occasion de doper leurs revenus tirés des opérations de change et du financement du commerce extérieur. Les établissements de premier plan, déjà engagés dans des programmes de recapitalisation imposés par la CBN, y voient un levier supplémentaire pour consolider leurs bilans et financer l’économie réelle.

L’initiative s’inscrit enfin dans un contexte régional où plusieurs banques centrales d’Afrique de l’Ouest tentent de reprendre la main sur leurs marchés de devises. La réussite ou l’échec de l’opération nigériane sera observée de près par les autorités monétaires du continent, confrontées à des problématiques voisines de fuite de devises et de coexistence de plusieurs taux de change. Selon Financial Afrik, la Banque centrale du Nigeria entend lancer ce dispositif dans les prochaines semaines.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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