Wadagni à Ouagadougou : Bénin et Burkina Faso relancent leur axe

Drone view of Ganvié, a traditional stilt village on Lake Nokoué, Cotonou, Benin.Photo : Iwaria / Pexels

Le Burkina Faso et le Bénin remettent en mouvement un axe diplomatique resté longtemps grippé. La visite de Romuald Wadagni, ministre béninois d’État chargé de l’Économie et des Finances, à Ouagadougou marque une inflexion notable dans les relations entre Cotonou et le pouvoir de transition burkinabè dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Cette séquence diplomatique, attendue de longue date par les opérateurs économiques des deux pays, ouvre la voie à une normalisation graduelle après des mois de défiance réciproque sur fond de crise sécuritaire au Sahel.

Une réconciliation économique entre Cotonou et Ouagadougou

L’entretien entre le chef de la junte burkinabè et l’argentier béninois a porté sur la relance des flux commerciaux, la sécurisation des corridors logistiques et la coopération douanière. Le port autonome de Cotonou demeure, malgré la concurrence togolaise et ivoirienne, l’une des principales portes maritimes du Burkina Faso enclavé. Toute crispation politique entre les deux capitales se traduit immédiatement par un renchérissement des coûts pour les importateurs burkinabè et une perte de parts de marché pour les manutentionnaires béninois.

Romuald Wadagni, considéré comme l’un des architectes de la stratégie financière du président Patrice Talon, incarne la dimension pragmatique de cette réouverture. L’homme, rompu aux marchés de capitaux et aux émissions souveraines, parle un langage que les autorités de transition burkinabè souhaitent entendre : celui de la stabilité des recettes douanières et de la fluidité du fret. Le choix d’envoyer un ministre d’État, et non un simple émissaire technique, traduit le poids politique accordé par Cotonou à cette réconciliation.

Le corridor Cotonou-Ouagadougou, artère vitale du commerce sahélien

L’axe routier qui relie le port de Cotonou à la capitale burkinabè constitue l’une des veines commerciales les plus stratégiques de l’Afrique de l’Ouest. Hydrocarbures, biens de consommation, intrants agricoles et matériaux de construction empruntent quotidiennement ce corridor d’environ mille kilomètres. Sa fluidité conditionne l’approvisionnement d’un pays sahélien soumis à de fortes tensions sécuritaires et inflationnistes depuis 2022.

La détérioration des relations diplomatiques observée ces dernières années, accentuée par la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au profit de l’Alliance des États du Sahel (AES), avait fait planer un risque sérieux de paralysie partielle des échanges. Pour Cotonou, dont les recettes portuaires pèsent lourd dans la balance budgétaire, la perspective d’un détournement durable du trafic burkinabè vers Lomé ou Téma constituait une menace tangible.

Une diplomatie économique au service de la stabilité régionale

La rencontre de Ouagadougou doit être lue à l’aune des recompositions géopolitiques en cours dans la sous-région. En dépêchant son ministre des Finances plutôt que son chef de la diplomatie, le Bénin envoie un signal : la priorité est donnée aux dossiers techniques, fiscaux et logistiques, et non aux divergences politiques sur la gouvernance ou les choix sécuritaires de la transition burkinabè. Cette méthode rompt avec les postures de fermeté affichées par certains États ouest-africains à l’égard des régimes militaires.

Le capitaine Ibrahim Traoré, dont le pouvoir s’appuie sur un discours souverainiste et une remise en cause des partenariats hérités, semble admettre qu’aucune politique de relance économique n’est viable sans accès maritime stable. Le Burkina Faso a besoin du Bénin autant que le Bénin a besoin du Burkina Faso. Cette interdépendance, longtemps reléguée derrière les tensions politiques, redevient le pivot du dialogue bilatéral.

Reste à transformer l’essai. Les annonces consécutives à ce déplacement portent sur la dynamisation d’un cadre de concertation économique, la simplification des procédures douanières et la sécurisation des convois. Sur le terrain, les transporteurs et les chargeurs attendent des mesures concrètes : réduction des points de contrôle, harmonisation des taxes et garanties contre les attaques jihadistes qui frappent régulièrement le nord du Bénin et le territoire burkinabè. La crédibilité de l’axe Ouagadougou-Cotonou se jouera dans les prochains mois sur ces paramètres opérationnels. Selon Financial Afrik, cette séquence diplomatique constitue un point d’inflexion dans la relation bilatérale.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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