L’accusation est frontale et politiquement explosive. Le secrétariat général du Parti démocratique gabonais (PDG), formation fondée par Omar Bongo Ondimba en 1968 et dirigée jusqu’en 2023 par son fils Ali Bongo, reproche au président de la transition Brice Oligui Nguema une ingérence directe dans la bataille de succession qui agite l’ex-parti au pouvoir. L’information, rapportée par le site gabonais Info241.com, intervient alors que la formation tente de se reconstruire après avoir été chassée du pouvoir par les militaires le 30 août 2023, au terme d’une présidentielle contestée.
Un parti chassé du pouvoir qui peine à se refonder
Depuis la prise du palais présidentiel par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), le PDG n’a plus voix au chapitre dans les instances exécutives. Officiellement, le parti n’a pas été dissous, à la différence de nombreux précédents africains où les formations déchues ont été démantelées par décret. Ses locaux, ses structures et son maillage territorial subsistent, mais la direction est fragilisée par le départ de plusieurs cadres, la mise en examen d’anciens dignitaires et l’absence prolongée d’Ali Bongo, longtemps hospitalisé puis contraint à un profil très discret.
Cette convalescence politique n’a pas éteint les ambitions internes. Plusieurs figures issues de la vieille garde comme de la génération intermédiaire se disputent le contrôle de l’appareil, en vue d’un congrès qui doit entériner une nouvelle direction. C’est dans ce contexte que le secrétariat général affirme que le chef de l’État de transition prendrait fait et cause pour l’un des camps, au mépris de la neutralité attendue d’un pouvoir qui se présente comme arbitre de la restauration démocratique.
Oligui Nguema, arbitre contesté de la recomposition politique
Officier formé à la garde républicaine, longtemps proche du premier cercle Bongo avant de retourner le fusil, Brice Oligui Nguema entretient avec le PDG un rapport ambigu. Nombre de ses soutiens civils actuels sont d’anciens cadres du parti qui ont rallié la transition, parfois dès les premières heures suivant le putsch. Cette porosité nourrit, chez les tenants d’une ligne d’indépendance, le soupçon d’une opération de capture : vider le PDG de sa substance en orientant sa succession vers des personnalités accommodantes avec le nouveau pouvoir.
Élu président de la République en avril 2025 au terme d’un scrutin où il s’était présenté hors étiquette partisane, Brice Oligui Nguema dispose désormais d’une légitimité électorale qui l’autorise à peser sur le paysage politique. L’Union démocratique des bâtisseurs, formation créée dans son sillage, revendique déjà une large partie de l’héritage électoral de l’ancien parti unique. Dans ce rapport de forces, un PDG affaibli et divisé constitue moins un adversaire qu’un gisement de clientèles à récupérer.
Un précédent qui résonne au-delà des frontières gabonaises
L’épisode gabonais fait écho à des trajectoires observées ailleurs sur le continent. En Guinée, le Rassemblement du peuple de Guinée, parti d’Alpha Condé renversé en septembre 2021, a vu plusieurs de ses cadres se repositionner autour du colonel Mamadi Doumbouya. Au Mali, les transitions successives ont également provoqué l’éclatement de l’Alliance pour la démocratie au Mali et des satellites du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta. À chaque fois, le même schéma : un ancien parti dominant privé d’accès aux ressources d’État se fragmente, et ses morceaux les plus pragmatiques négocient leur ralliement aux nouveaux maîtres de l’exécutif.
Pour le PDG, l’enjeu dépasse la seule question de la direction. Il s’agit de déterminer si une formation qui a structuré plus d’un demi-siècle de vie politique gabonaise peut survivre comme opposition autonome, ou si elle sera absorbée par recomposition. La sortie du secrétariat général a au moins le mérite de poser publiquement cette question, à un moment où les contre-pouvoirs institutionnels issus de la transition restent limités.
Reste à savoir si cette interpellation suscitera une réaction officielle de la présidence, qui a jusqu’ici privilégié le silence sur les affaires internes des partis. Faute de calendrier arrêté pour un congrès et en l’absence prolongée d’Ali Bongo de la scène politique active, la bataille de succession pourrait durer, et l’influence prêtée au nouveau pouvoir y jouer un rôle déterminant.
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