Liban : le Hezbollah cantonne les arrangements au sud du Litani

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le Hezbollah a clarifié sa lecture des arrangements sécuritaires censés succéder au retrait israélien du sud du Liban, en circonscrivant strictement leur périmètre à la zone située au sud du fleuve Litani. Cette précision, relayée par la presse libanaise proche du parti chiite, intervient alors que la trêve négociée fin 2024 entre Beyrouth, Washington et Tel-Aviv reste fragile, et qu’un canal indirect entre l’Iran et les États-Unis cherche à stabiliser le dossier libanais. La question posée par le quotidien Al Akhbar est désormais explicite : Israël peut-il faire dérailler ce compromis naissant ?

Le Hezbollah cadre l’application de la trêve au sud du Litani

La formation dirigée par Naïm Qassem entend verrouiller toute interprétation extensive de l’accord conclu sous médiation américano-française en novembre 2024. Pour ses cadres, les engagements pris ne couvrent que la bande comprise entre la Ligne bleue et le Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité adoptée en 2006. Toute pression visant à étendre le désarmement à l’ensemble du territoire libanais est présentée comme une réécriture unilatérale du texte, inacceptable politiquement et militairement.

Ce cadrage répond à une offensive diplomatique conduite ces derniers mois par l’émissaire américain Amos Hochstein, puis par son successeur dans le dossier libanais, qui plaident pour un mécanisme de contrôle élargi. Beyrouth se trouve placée dans une position d’équilibriste : le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, investis début 2025, doivent ménager à la fois Washington, principal soutien financier de l’Armée libanaise, et la composante chiite du paysage politique. La marge de manœuvre demeure étroite, d’autant que les frappes israéliennes se sont poursuivies par intermittence dans la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth.

Un canal indirect entre Téhéran et Washington sous tension

En arrière-plan, un dialogue indirect entre la République islamique d’Iran et l’administration américaine continue, selon Al Akhbar, d’irriguer la séquence libanaise. Les discussions, conduites via Oman et Doha, portent officiellement sur le programme nucléaire iranien et la levée partielle des sanctions, mais englobent désormais la stabilisation du flanc sud-libanais. Téhéran, qui considère le Hezbollah comme un pilier de sa stratégie régionale, n’a pas intérêt à un effondrement de la trêve, après les revers subis en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.

Côté américain, l’équipe en place à Washington cherche à éviter un nouvel embrasement susceptible de contrarier ses priorités au Moyen-Orient, notamment la normalisation Riyad-Tel-Aviv. La gestion du dossier libanais devient ainsi un test grandeur nature de la capacité des deux capitales à compartimenter leurs différends. Reste que chaque incident armé sur la Ligne bleue, chaque survol aérien au-dessus de Beyrouth, peut suffire à enrayer cette mécanique encore embryonnaire.

Israël, variable d’ajustement ou facteur de rupture

L’interrogation soulevée par le quotidien libanais cible directement le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Plusieurs responsables israéliens ont publiquement réclamé un démantèlement intégral de l’arsenal du Hezbollah, bien au-delà de la zone du Litani, et conditionnent à cette exigence le retrait total des positions encore tenues par Tsahal sur cinq points jugés stratégiques au sud. Cette ligne dure entre en collision frontale avec la lecture défendue par le parti chiite et, dans une moindre mesure, par l’État libanais lui-même.

Pour les analystes cités par la presse de Beyrouth, le risque tient à la convergence de trois facteurs : la volonté israélienne d’imposer un fait accompli sécuritaire, la fragilité du gouvernement libanais face aux exigences communautaires internes, et l’incertitude entourant la trajectoire des pourparlers américano-iraniens. Une rupture sur l’un de ces axes pourrait précipiter une reprise des hostilités, dont le coût humain et économique a déjà été lourd : la Banque mondiale évaluait en 2024 à plus de 8,5 milliards de dollars les dommages causés par le conflit.

Concrètement, la séquence des prochaines semaines servira de révélateur. Le déploiement progressif de l’Armée libanaise au sud du Litani, conformément au calendrier convenu, et la posture qu’adoptera Tel-Aviv face aux échéances de retrait constitueront les marqueurs concrets de la solidité du compromis. Selon Al Akhbar, l’équation libanaise reste suspendue à l’arbitrage que rendront, in fine, Washington et Téhéran sur le périmètre tolérable du désarmement.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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