Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, est sorti de sa réserve pour livrer sa version d’une réunion de négociation tenue récemment en Suisse, tout en réaffirmant l’attachement de Téhéran à son allié libanais. Ses déclarations, relayées par les médias arabes, interviennent dans une séquence régionale marquée par la pression maximale exercée sur l’axe constitué autour du Hezbollah et par la recherche, en parallèle, de canaux discrets entre l’Iran et plusieurs interlocuteurs occidentaux. Le message est double : maintenir le dialogue, ne rien céder sur les piliers stratégiques.
Ghalibaf détaille un échange suisse sous haute surveillance
Selon les éléments rendus publics par le haut responsable iranien, la rencontre organisée sur le sol helvétique a réuni des représentants de plusieurs capitales autour d’un agenda dense, où la question nucléaire et la situation au Levant ont occupé une place centrale. Mohammad Bagher Ghalibaf indique que la délégation iranienne y a défendu une ligne ferme, refusant les conditionnalités présentées comme préalables par certains partenaires. La Suisse, qui assure traditionnellement la protection des intérêts américains à Téhéran depuis 1980, demeure un terrain neutre privilégié pour ces tractations parallèles.
Le président du Majlis souligne que les échanges ont porté autant sur la cartographie sécuritaire régionale que sur les dossiers économiques. La République islamique, soumise à un régime de sanctions étendu, cherche à desserrer l’étau financier sans pour autant accepter ce que ses dirigeants présentent comme un démantèlement de ses leviers d’influence. Ghalibaf décrit une atmosphère sérieuse, sans rupture, mais sans avancée structurelle non plus. Concrètement, aucune annonce de calendrier ni de feuille de route n’a filtré à l’issue de la séquence.
Le Liban érigé en ligne rouge stratégique
Au-delà du compte rendu suisse, la déclaration la plus saillante concerne le Liban. Mohammad Bagher Ghalibaf affirme sans détour que l’Iran n’abandonnera pas son allié libanais, formule qui couvre à la fois l’État libanais sous pression et le Hezbollah, principal partenaire de Téhéran au sein de l’axe dit de la résistance. La déclaration intervient alors que le mouvement chiite traverse une phase de reconstruction politique et militaire après les frappes israéliennes massives qui ont visé ses cadres et ses arsenaux en 2024.
La position iranienne s’inscrit dans une continuité doctrinale assumée depuis les années 1980. Téhéran considère le soutien au Hezbollah et, plus largement, l’ancrage libanais, comme une composante de sa profondeur stratégique face à Israël et aux États-Unis. Pour les chancelleries occidentales et arabes, ce rappel ferme un espoir parfois exprimé en coulisses : celui d’un découplage entre la négociation nucléaire et les dossiers régionaux. Ghalibaf le ferme explicitement.
Reste que la formule choisie laisse une marge d’interprétation. Le responsable iranien ne s’engage pas sur des transferts de moyens précis ni sur des garanties opérationnelles. Il fixe un principe politique, dans un contexte où les voies de réapprovisionnement traditionnelles via la Syrie ont été profondément perturbées par le basculement de Damas et par les frappes israéliennes répétées sur les corridors logistiques.
Une diplomatie iranienne en recomposition
La séquence suisse confirme que Téhéran multiplie les canaux pour gérer simultanément trois fronts : la pression américaine renouvelée sur le programme nucléaire, la confrontation directe avec Israël qui a connu des épisodes inédits en 2024 et 2025, et la nécessité de préserver les alliés régionaux affaiblis. La parole de Mohammad Bagher Ghalibaf, ancien commandant des Gardiens de la révolution devenu figure parlementaire de premier plan, n’est pas neutre. Elle traduit un arbitrage au sommet de l’État iranien entre l’aile favorable à une ouverture mesurée et celle qui privilégie la fermeté.
Pour les capitales arabes du Golfe, la réaffirmation du soutien iranien au Liban pose la question de la sécurisation des canaux humanitaires et financiers vers Beyrouth, alors que le pays du Cèdre attend toujours la mise en œuvre des engagements de reconstruction. Pour Washington et ses partenaires européens, l’épisode suisse rappelle qu’aucun compromis durable avec l’Iran ne pourra contourner le dossier libanais. Selon Al Akhbar, Ghalibaf entend ainsi clarifier, à l’intention de toutes les parties, les paramètres non négociables de la diplomatie iranienne.
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