Liban-Sud : Israël double ses bases et multiplie les frappes en mai

Stunning aerial view of Faraiya, Lebanon, showcasing a sea of clouds over mountains during sunrise.Photo : Jo Kassis / Pexels

Au sud du Litani, l’armée israélienne consolide son emprise territoriale en dépit du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 avec le Hezbollah. D’après le décompte établi par le quotidien libanais Al Akhbar, une quarantaine d’incidents armés ont été recensés durant la première décade de mai, allant du tir d’artillerie au survol de drones armés, en passant par l’incursion de fantassins en territoire libanais. Dans le même temps, le nombre de positions militaires permanentes établies par Tsahal sur le sol du Liban-Sud serait passé de cinq à dix, signe d’une reconfiguration durable de la frontière nord d’Israël.

Une décade de mai marquée par quarante incidents au Liban-Sud

Le rythme des violations relevées par Al Akhbar dessine une moyenne de près de quatre opérations par jour sur la bande frontalière. Les localités de Kfarchouba, Aïta al-Chaab, Markaba, Houla ou encore Yaroun figurent parmi les zones les plus exposées aux frappes aériennes et aux tirs d’obus. Plusieurs maisons en cours de reconstruction ont été ciblées, tandis que des bulldozers de l’armée israélienne ont poursuivi le terrassement de bermes et de chemins logistiques à l’intérieur même du territoire libanais.

Le quotidien beyrouthin souligne que ces actions ne relèvent plus d’une riposte ponctuelle, mais d’un quadrillage méthodique. Les frappes visent indistinctement des militants supposés du Hezbollah, des civils circulant à proximité d’anciens postes du parti chiite et des engins de chantier mobilisés pour relever les villages détruits durant la guerre de l’automne 2024. Le bilan humain de cette première décade dépasse, selon les recensements locaux, la dizaine de tués et plusieurs dizaines de blessés.

De cinq à dix bases : la nouvelle géographie militaire d’Israël

Le fait stratégique le plus saillant tient à la densification du dispositif israélien au-delà de la Ligne bleue. Les cinq positions initialement maintenues après le retrait partiel de janvier ont été doublées, portant à dix le nombre de bases permanentes occupées par Tsahal sur des hauteurs libanaises. Ces points d’appui, généralement installés sur des collines offrant une vue dominante, permettent à l’armée israélienne de surveiller la profondeur du Liban-Sud jusqu’au cours du Litani, conformément à la lecture maximaliste qu’elle fait de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.

Cette extension territoriale contredit frontalement les termes de l’accord de novembre 2024, qui prévoyait un retrait complet des forces israéliennes au profit du redéploiement de l’armée libanaise et de la Finul. Le mécanisme de supervision présidé par Washington, censé arbitrer les différends, n’a pas obtenu la rétrocession des positions contestées. Les autorités libanaises, par la voix du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, ont multiplié les protestations diplomatiques sans obtenir d’inflexion notable.

Pour Beyrouth, une souveraineté grignotée sans riposte

Sur le plan intérieur, l’élargissement de l’empreinte militaire israélienne place le nouvel exécutif libanais devant un dilemme aigu. Le pouvoir, sorti exsangue de la guerre, mise sur la voie diplomatique et sur la pression américaine pour obtenir le retrait. Le Hezbollah, dont l’arsenal a été sévèrement amputé et dont plusieurs cadres dirigeants ont été éliminés, observe une retenue inédite, conditionnant toute reprise des hostilités à un mandat de l’État.

Reste que l’installation durable de bases israéliennes au-delà de la frontière internationale modifie en profondeur les équilibres. Elle prive des dizaines de milliers d’habitants du Liban-Sud du droit de regagner leurs villages, gèle la reconstruction d’une région dont les pertes matérielles sont évaluées à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, et hypothèque la relance économique promise par le gouvernement Salam. Les bailleurs du Golfe, sollicités pour financer le redressement, conditionnent désormais leurs engagements à une stabilisation effective du front sud.

Par ailleurs, la passivité des mécanismes onusiens nourrit l’idée que la frontière dessinée en 2000 n’est plus la référence opérationnelle. Plusieurs diplomates européens en poste à Beyrouth évoquent, sous le sceau de la confidentialité, le risque de voir s’installer un statu quo comparable à celui des fermes de Chebaa, c’est-à-dire une occupation rampante validée par l’usage. À court terme, la trajectoire dépendra de la capacité de l’administration américaine à imposer un calendrier de retrait, et de la volonté de Tel-Aviv d’y souscrire. Selon Al Akhbar, rien dans la cadence des opérations observée en mai ne va dans ce sens.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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