ial ouvrent une séquence inédite pour les huit États membres, dans un contexte où la question de la souveraineté monétaire et de la diversification productive reste au cœur des débats.
Une rupture après quatorze ans de solde négatif
Depuis 2011, la balance commerciale de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) était restée obstinément déficitaire. Les huit économies de la zone — Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo — avaient successivement encaissé les chocs pétroliers, la volatilité des matières premières agricoles et le renchérissement des biens d’équipement importés. Le retournement observé en 2025 met un terme à cette longue séquence.
Le basculement s’explique d’abord par la vigueur des exportations. L’or, valeur refuge dans un environnement international incertain, a atteint des sommets historiques et a dopé les recettes du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. Le cacao ivoirien, porté par une flambée des cours mondiaux liée aux mauvaises récoltes ouest-africaines, a également joué un rôle déterminant. À ces dynamiques se sont ajoutées les premières livraisons commerciales de brut et de gaz sénégalais, issues des projets Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim.
Nouveaux hydrocarbures et effet cacao
L’entrée du Sénégal dans le club des pays producteurs d’hydrocarbures modifie sensiblement la géographie économique de l’UEMOA. Dakar, longtemps importateur net d’énergie, voit sa facture extérieure s’alléger tout en engrangeant des recettes en devises. Le Niger, malgré les tensions politiques persistantes depuis 2023, a également profité de ses exportations pétrolières via l’oléoduc reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji.
Concrètement, la conjonction de ces flux inédits avec la hausse des cours des principales matières premières exportées par la région a mécaniquement inversé le solde commercial. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et locomotive économique de l’Union, capte à elle seule une part substantielle de ces gains. Le pays a bénéficié d’un effet prix considérable, la tonne de fèves ayant franchi des niveaux jamais observés sur les marchés de Londres et de New York.
Dans le même temps, le ralentissement de certaines importations, notamment de biens de consommation courante, a comprimé la facture extérieure. Plusieurs États de la zone ont resserré leurs achats de véhicules, d’électronique et de produits manufacturés, sous l’effet conjugué du renchérissement du fret international et d’une politique de substitution partielle. Reste que cette compression pourrait s’avérer conjoncturelle.
Une embellie qui interroge la durabilité du modèle
Cet excédent ne saurait masquer les fragilités structurelles de la zone. La dépendance persistante aux exportations de matières premières brutes expose l’UEMOA à toute retournement des cours mondiaux. Un reflux du prix du cacao ou de l’or, une fois passés les pics actuels, replongerait mécaniquement la balance dans le rouge. La transformation locale demeure marginale : moins d’un tiers des fèves ivoiriennes sont broyées sur place, et l’or malien continue de partir sous forme de lingots vers les raffineries suisses et émiraties.
Par ailleurs, la répartition géographique de l’excédent reste très inégale. Les économies les plus intégrées aux circuits miniers et pétroliers concentrent l’essentiel des gains, tandis que les pays enclavés dépourvus de ressources extractives — la Guinée-Bissau notamment — continuent d’afficher des soldes déficitaires. Cette hétérogénéité alimente les débats sur la pertinence des instruments de convergence budgétaire au sein de l’Union.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) devrait examiner de près l’impact de cet excédent sur les réserves de change communes, dont la couverture était tombée à des niveaux préoccupants en 2022 et 2023. Un renforcement durable du matelas de devises consoliderait la crédibilité du franc CFA, à l’heure où les projets de réforme monétaire régionale, dont l’éco, restent en suspens. Selon Financial Afrik, cette performance de 2025 constitue une première depuis quatorze ans pour l’espace communautaire.
Pour aller plus loin
Cameroun : les exportations chutent de 23,6 % au premier trimestre 2026 · Côte d’Ivoire : Diarrassouba défend le bilan économique du gouvernement · Cacao ivoirien : le rachat du stock résiduel entre en phase de règlement

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