Logement dans l’UEMOA : la BOAD veut combler un déficit de 3,5 millions d’unités

Aerial view of traditional huts and structures in Abuja, showcasing rural Nigerian architecture.Photo : Mukhtar Shuaib Mukhtar / Pexels

Le logement dans l’UEMOA s’impose désormais comme un dossier de premier rang pour la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). En ouvrant à Lomé la deuxième édition de ses Development Days, l’institution financière régionale a choisi de consacrer ses travaux à l’habitat durable, un secteur où les indicateurs disponibles dessinent un défi structurel majeur pour les huit États membres de l’Union. Le déficit cumulé est estimé à 3,5 millions de logements, tandis que la demande annuelle additionnelle approche les 800 000 unités, un volume que les circuits de financement classiques peinent à absorber.

Un déficit de 3,5 millions de logements qui pèse sur l’UEMOA

Les chiffres avancés à la veille du forum traduisent la pression démographique et urbaine qui s’exerce sur la sous-région. Dans une zone où l’urbanisation s’accélère, l’écart entre l’offre formelle et les besoins réels alimente l’expansion de l’habitat informel, fragilise les finances des ménages et limite la création de richesse autour de la filière construction. Le déficit de 3,5 millions d’unités, conjugué à un flux annuel non couvert de 800 000 logements, place la question du financement de l’habitat au rang d’urgence économique et sociale pour Dakar, Abidjan, Lomé ou Cotonou.

Cette tension n’a rien d’un constat conjoncturel. Elle reflète une longue absence d’outils de refinancement adaptés à la maturité longue des prêts immobiliers, un marché hypothécaire embryonnaire et une rareté chronique du foncier viabilisé. Les institutions de financement du logement, lorsqu’elles existent, restent contraintes par la cherté des ressources et l’étroitesse des marchés de capitaux locaux. Résultat, l’accès à un logement décent demeure largement hors de portée des classes moyennes émergentes.

Serge Ekué érige l’habitat en instrument de politique macroéconomique

Face à cette équation, le président de la BOAD, Serge Ekué, défend une lecture qui dépasse la stricte logique bancaire. Pour le dirigeant de l’institution communautaire, le logement ne saurait être réduit à un produit de crédit destiné à une clientèle solvable. Il constitue un véritable levier de politique macroéconomique, capable de stimuler l’investissement productif, de générer de l’emploi qualifié et de structurer durablement la demande intérieure. La filière mobilise en effet l’ensemble de la chaîne industrielle, du ciment à la menuiserie métallique, en passant par l’ingénierie, l’énergie et les services financiers.

Cette grille d’analyse rejoint des préoccupations partagées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et par les ministères des Finances de l’Union, soucieux de diversifier les moteurs de croissance et de réduire la dépendance aux matières premières. En adossant la stratégie de la BOAD à un objectif de transformation structurelle, Serge Ekué inscrit le logement dans une ambition plus large, celle de doter l’UEMOA d’un secteur immobilier formalisé, financé par l’épargne longue et capable de capter les flux de la diaspora.

Lomé, vitrine d’une nouvelle approche du financement de l’habitat

Le choix de Lomé comme cadre des BOAD Development Days revêt une portée symbolique. La capitale togolaise abrite le siège de la banque et illustre, à son échelle, les défis de densification urbaine que partagent les grandes métropoles de la sous-région. Les échanges programmés réunissent banquiers de développement, régulateurs, promoteurs privés, bailleurs internationaux et représentants des États, autour des montages innovants susceptibles de débloquer la chaîne de valeur.

Plusieurs pistes sont attendues sur la table : la mobilisation d’obligations dédiées sur le marché financier régional, le renforcement des dispositifs de garantie, la titrisation de créances hypothécaires ou encore le déploiement de partenariats public-privé pour la viabilisation foncière. La BOAD, qui a multiplié ces dernières années les opérations sur les marchés internationaux, dispose d’une capacité de levier que peu d’institutions sous-régionales peuvent revendiquer. Reste à articuler cette force de frappe avec des politiques publiques nationales cohérentes, condition sine qua non d’un changement d’échelle.

Concrètement, la réussite du pari dépendra de la capacité des États à harmoniser leurs cadres réglementaires, à fiabiliser le cadastre et à mettre en place des mécanismes de bonification ciblés sur les ménages intermédiaires. Selon Financial Afrik.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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