Le rachat du stock résiduel de cacao en Côte d’Ivoire aborde une étape décisive : celle des comptes. Premier producteur mondial de fèves, le pays a mis en œuvre un mécanisme d’apurement destiné à absorber les volumes non écoulés à la clôture de la campagne précédente. L’opération, pilotée dans le sillage du Conseil du café-cacao (CCC), engage exportateurs agréés, coopératives et acheteurs internationaux autour d’un même impératif : solder les positions avant l’ouverture pleine de la nouvelle campagne.
Un mécanisme d’apurement au cœur de la commercialisation ivoirienne
Le stock résiduel désigne les volumes de fèves déjà achetés au producteur mais restés en magasin faute d’exécution des contrats à l’export dans les délais impartis. En Côte d’Ivoire, ces reliquats sont pris en charge selon une procédure encadrée, censée éviter la dépréciation des stocks et prévenir toute distorsion sur les prix bord champ garantis aux planteurs. Le dispositif s’inscrit dans la logique du système de vente anticipée à la moyenne, pierre angulaire de la commercialisation ivoirienne depuis la réforme de 2012.
Concrètement, le régulateur procède au rachat des tonnages concernés à un prix administré, avant leur réaffectation à des opérateurs en mesure de les exporter. La phase actuelle consiste à établir, contrat par contrat, les volumes effectivement livrés, les pénalités éventuelles et les montants dus. C’est cette reddition des comptes qui cristallise l’attention des acteurs, tant les enjeux financiers sont lourds pour des maisons dont les marges sont laminées par la volatilité du marché de Londres et de New York.
Une équation financière tendue pour les exportateurs
Les cours mondiaux ont connu ces dernières saisons une amplitude inédite, avec des pics historiques dépassant la barre des 10 000 dollars la tonne avant un reflux marqué. Cette instabilité a bousculé la trésorerie de nombreux exportateurs, contraints d’honorer des contrats signés à des niveaux de prix parfois déconnectés de la réalité du marché au moment de la livraison. Le rachat du stock résiduel intervient donc dans un contexte de fragilisation du tissu des opérateurs locaux, dont plusieurs ont dû être écartés ou restructurés au fil des campagnes.
Pour les coopératives, l’enjeu est tout aussi crucial. Elles ont préfinancé les achats auprès des producteurs et attendent le règlement des sommes engagées pour rembourser leurs partenaires bancaires. Tout retard dans le bouclage des comptes se répercute mécaniquement sur la campagne suivante, en obérant leur capacité à collecter les fèves dès l’ouverture. La discipline de paiement conditionne ainsi la fluidité de l’ensemble de la chaîne, du planteur au chocolatier.
Souveraineté agricole et crédibilité du dispositif
Au-delà de la mécanique comptable, l’opération met en jeu la crédibilité même du modèle ivoirien de régulation. Le pays produit chaque année autour de deux millions de tonnes de fèves, soit près de 40 % de l’offre mondiale, et sa capacité à honorer ses engagements pèse directement sur la confiance des acheteurs internationaux. Toute défaillance dans la traçabilité ou dans le règlement des stocks résiduels alimenterait les critiques sur la solidité du dispositif, à un moment où l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation impose déjà de lourdes contraintes documentaires.
Le sujet est également politique. La filière café-cacao emploie près d’un million de producteurs et fait vivre, indirectement, plusieurs millions d’Ivoiriens. La bonne fin des opérations d’apurement conditionne le maintien du prix garanti et, partant, la paix sociale dans les zones rurales du sud et de l’ouest du pays. Abidjan a fait de la stabilité des revenus paysans un marqueur de sa politique agricole, en tandem avec le Ghana voisin dans le cadre de l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana (ICCIG).
Reste que la transparence des chiffres publiés à l’issue de cette phase de règlement sera scrutée. Le montant global du rachat, la ventilation par exportateur et le sort réservé aux opérateurs défaillants constitueront autant d’indicateurs de la robustesse du système. Pour les partenaires techniques et financiers de la filière, ces comptes de clôture valent bulletin de santé du modèle ivoirien de commercialisation. Selon Abidjan.net, l’heure des comptes a désormais sonné pour l’ensemble des parties prenantes.
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