La scène politique libanaise s’enlise un peu plus. Selon des propos rapportés par le quotidien Al Akhbar, le député Ali Fayyad, figure du bloc parlementaire de la Fidélité à la Résistance affilié au Hezbollah, estime que l’exécutif libanais a atteint une impasse politique et qu’il lui revient désormais d’assumer publiquement ce constat. La sortie intervient alors que Beyrouth peine à articuler une réponse cohérente face aux pressions américaines, israéliennes et arabes qui se conjuguent sur le dossier du désarmement et de la reconstruction du Sud.
Une lecture frontale du blocage institutionnel libanais
Pour le parlementaire chiite, le pouvoir exécutif issu du compromis de janvier 2025 ne dispose plus de marge de manœuvre crédible. Les engagements pris à l’égard des partenaires étrangers, en particulier sur le calendrier de cantonnement des armes au sud du Litani, se heurtent à la réalité d’un terrain toujours soumis aux frappes israéliennes répétées et à l’absence de retrait complet de l’armée de l’État hébreu des positions occupées depuis l’automne 2024.
Ali Fayyad reproche en substance à la présidence et au gouvernement de Nawaf Salam d’entretenir une fiction diplomatique. Tant que l’exécutif refuse de reconnaître que la feuille de route négociée avec Washington n’est pas appliquée par la partie israélienne, soutient-il, aucune sortie de crise n’est envisageable. Le député réclame une forme de courage politique, terme rarement employé avec autant de netteté par les relais parlementaires du Hezbollah depuis l’investiture du président Joseph Aoun.
Le bras de fer autour des armes de la résistance
Derrière cette charge, c’est le cœur du contentieux libanais qui se rejoue. La décision adoptée par le conseil des ministres en août 2025, fixant un horizon de désarmement des formations non étatiques, demeure formellement en vigueur. Le Hezbollah continue toutefois de la juger inapplicable tant que les frappes israéliennes se poursuivent et que la reconstruction des localités méridionales sinistrées par la guerre de 2024 reste suspendue à l’aval des bailleurs du Golfe.
La position défendue par Ali Fayyad consiste à inverser la charge de la preuve. Plutôt que de demander au mouvement chiite de livrer son arsenal selon un calendrier dicté par l’émissaire américain Tom Barrack, l’État libanais devrait, selon lui, acter publiquement que ses interlocuteurs n’ont rien obtenu de Tel-Aviv en contrepartie. La formule de l’« impasse » assumée fonctionne ainsi comme une exigence politique adressée au palais de Baabda autant qu’au Grand Sérail.
Un signal envoyé aux médiateurs régionaux
L’intervention du député dépasse le cadre interne. Elle s’adresse aussi aux capitales arabes engagées dans la médiation, Riyad et Doha en tête, qui conditionnent leur appui financier à des avancées tangibles sur le dossier sécuritaire. En affirmant que l’exécutif a échoué à obtenir un cessez-le-feu durable, le bloc de la Fidélité à la Résistance entend prévenir tout glissement vers un mécanisme de contrainte unilatéral, qu’il soit imposé par le Conseil de sécurité ou par un sommet régional.
Cette ligne s’inscrit dans une séquence où Hassan Nasrallah a été remplacé à la tête du parti par Naïm Qassem, et où la formation cherche à reconstruire son capital politique après les pertes massives subies lors de la confrontation directe avec l’armée israélienne. La rhétorique de la responsabilité partagée vise à éviter l’isolement et à maintenir une coresponsabilité avec les autres composantes du pouvoir, notamment le mouvement Amal du président de la Chambre Nabih Berri.
Reste la question de la trajectoire économique. Le Liban demeure privé d’accord avec le Fonds monétaire international, la livre nationale poursuit son érosion et les transferts de la diaspora ne suffisent plus à amortir la contraction du PIB. Dans ce contexte, transformer le constat d’impasse en levier de négociation suppose une cohésion gouvernementale que les divisions confessionnelles rendent improbable à court terme. La sortie d’Ali Fayyad agit dès lors comme un avertissement : sans clarification stratégique, l’attentisme officiel pourrait coûter davantage au pays que la reconnaissance de l’échec. Selon Al Akhbar, le député appelle l’autorité à assumer la responsabilité d’admettre qu’elle se trouve dans une voie sans issue.
Pour aller plus loin
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