Mali : 54 civils tués près de Ménaka, l’EIGS désigné par les FAMa

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

C’est à Tagadayat, hameau situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Ménaka, que les Forces armées maliennes (FAMa) ont découvert les corps de 54 civils, à l’issue d’une patrouille déclenchée après un signalement d’attaque. Neuf rescapés ont été extraits du site et acheminés vers Ménaka pour y être soignés, tandis que les victimes ont été inhumées sur place. L’État-Major général des armées maliennes attribue la tuerie à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), sur la foi des premiers témoignages recueillis sur le terrain.

Ménaka, épicentre de la poussée de l’EIGS depuis 2022

La région de Ménaka n’est pas un théâtre nouveau pour l’EIGS. Depuis le printemps 2022, la branche sahélienne de l’organisation État islamique y mène une campagne d’expansion territoriale méthodique, en profitant du retrait progressif des forces étrangères et du redéploiement des groupes armés signataires de l’accord d’Alger. Plusieurs organisations humanitaires avaient documenté, dès 2022 et 2023, des massacres communautaires ciblant principalement des populations touarègues Daoussahak autour d’Andéramboukane, de Tidermène et d’Infoukaretane, avec des bilans parfois supérieurs à cent morts par attaque.

Le mode opératoire décrit à Tagadayat s’inscrit dans cette continuité. Les assauts de l’EIGS visent des campements isolés, souvent accusés de proximité avec des mouvements armés rivaux comme le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) ou le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié pour sa part à Al-Qaïda. Le Liptako-Gourma, zone transfrontalière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, concentre à lui seul une part majeure des victimes civiles du terrorisme sahélien recensées ces dernières années par l’Armed Conflict Location and Event Data Project.

Un dispositif de sécurisation à l’épreuve des faits

Le communiqué de l’État-Major fait état d’une patrouille conjointe associant les FAMa à des « partenaires » dont l’identité n’est pas précisée. Depuis le départ de la force française Barkhane fin 2022 et le retrait achevé de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) en décembre 2023, Bamako s’appuie principalement sur les instructeurs russes de l’Africa Corps, successeur du groupe Wagner après la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023. Ce redéploiement n’a, pour l’heure, pas enrayé la progression de l’EIGS dans l’est du pays.

Les autorités maliennes de transition, dirigées par le général Assimi Goïta, avaient fait de la reconquête du territoire l’un des arguments justifiant le report sine die de la transition. La reprise de Kidal en novembre 2023 avait été présentée comme un tournant. Un an et demi plus tard, le massacre de Tagadayat rappelle que la question djihadiste, distincte de celle des rébellions touarègues, demeure l’angle mort de cette stratégie militaire.

L’Alliance des États du Sahel face à un test politique

L’épisode intervient dans un contexte où l’Alliance des États du Sahel (AES), confédération réunissant depuis juillet 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cherche à bâtir une force conjointe de 5 000 hommes annoncée début 2025. L’ambition affichée est de mutualiser le renseignement et les opérations transfrontalières dans le Liptako. Reste que les trois régimes militaires, confrontés chacun à une détérioration sécuritaire sur leur sol, peinent à démontrer la plus-value opérationnelle de ce cadre nouveau.

Pour les populations civiles de Ménaka, l’enjeu est immédiat. Plusieurs milliers d’habitants ont déjà trouvé refuge dans les camps de déplacés autour de la ville-chef-lieu, ou ont franchi la frontière nigérienne vers Tillabéri, elle-même instable. L’absence de couloirs humanitaires sécurisés et la restriction de l’espace aérien aux organisations onusiennes et aux ONG internationales compliquent le travail de recensement et de protection. Dans ces conditions, le chiffre de 54 morts avancé par les FAMa pourrait n’être qu’un indicateur partiel d’un bilan plus lourd, dont la communauté visée et la chronologie exacte restent à documenter.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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