Le Mali s’enfonce dans une nouvelle phase de turbulences. Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 avril, des détonations ont été perçues à Bamako, à proximité de la zone aéroportuaire, ravivant l’inquiétude d’une capitale déjà secouée par les attaques conjointes des 24 et 25 avril. Ces frappes avaient été revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, et par le Front de libération de l’Azawad (FLA), coalition de groupes armés du Nord. La séquence confirme le retour d’une menace directe contre les centres névralgiques du pouvoir, près de trois ans après le retrait de la force française Barkhane.
Bamako sous pression, calme précaire dans la capitale
La nature exacte des explosions entendues près de l’aéroport reste à clarifier. Les autorités maliennes n’avaient pas communiqué de bilan officiel à l’heure des premières informations diffusées dans la matinée du 28 avril. Le secteur aéroportuaire de Bamako-Sénou abrite des installations militaires sensibles, notamment des moyens aériens utilisés par les forces armées maliennes (Famas) et leurs partenaires russes du dispositif Africa Corps, successeur de Wagner. Toute attaque visant cette zone porte donc une charge symbolique et opérationnelle considérable pour la junte au pouvoir depuis 2020.
Un calme précaire prévaut sur l’ensemble du territoire, selon les éléments rapportés. Mais ce répit ne masque pas la profondeur de la crise. Les axes routiers reliant la capitale aux régions du centre et du nord demeurent vulnérables, et la chaîne logistique des hydrocarbures, déjà éprouvée par les blocus jihadistes des derniers mois, reste un point critique pour l’économie du pays.
Kidal, verrou du Nord repris par l’insurrection
Au nord, la situation s’est inversée. La ville de Kidal, reprise en novembre 2023 par l’armée malienne et les supplétifs russes au prix d’une offensive longuement préparée, est repassée sous le contrôle du Jnim et du FLA. La perte de ce bastion touareg constitue un revers stratégique de premier ordre pour Assimi Goïta. Kidal n’est pas seulement un chef-lieu administratif : c’est un nœud politique et identitaire, dont la conquête avait été présentée par le pouvoir militaire comme l’acte fondateur de la reconquête de la souveraineté territoriale.
Les groupes armés réinstallés sur place s’organisent désormais, selon les informations disponibles. Cette consolidation laisse entrevoir un scénario de contrôle durable de la région de l’Adrar des Ifoghas, sanctuaire historique des combattants touaregs et des cellules jihadistes affiliées à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Le repositionnement du FLA, qui regroupe d’anciens signataires de l’accord d’Alger dénoncé par Bamako en janvier 2024, change la donne politique autant que militaire.
Une junte fragilisée jusqu’au sommet
À la pression sécuritaire s’ajoute une zone d’ombre au cœur du pouvoir. L’état de santé du général Modibo Koné, considéré comme le numéro trois du régime et patron de l’Agence malienne de sécurité d’État (Amse), se serait dégradé. L’officier figure parmi les piliers du dispositif sécuritaire mis en place par Assimi Goïta et son ministre de la Défense Sadio Camara. Son éventuelle indisponibilité prolongée affecterait directement la coordination du renseignement intérieur et la chaîne de commandement antiterroriste.
Pour la junte, la conjonction de ces évènements – attaques coordonnées contre la capitale, perte de Kidal, incertitude au sommet de l’appareil sécuritaire – constitue le test le plus sérieux depuis la prise de pouvoir de 2020. Le partenariat avec Moscou, central dans la stratégie de réarmement et de reconquête, n’a pas empêché la résurgence d’une insurrection capable de frapper simultanément plusieurs théâtres.
Le contexte régional ajoute à la complexité. La Confédération des États du Sahel, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à apporter une réponse coordonnée aux offensives jihadistes qui essaiment sur l’ensemble de la bande sahélienne. À Bamako, la rentrée militaire et politique des prochaines semaines s’annonce particulièrement scrutée, tant par les chancelleries de la sous-région que par les opérateurs économiques. Selon RFI Afrique.
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