Le Parlement ougandais a inauguré sa nouvelle législature le lundi 25 mai, à l’occasion d’une séance inaugurale dominée par l’élection de Jacob Oboth-Oboth à la présidence de l’Assemblée. Élu dans la foulée des scrutins présidentiel et législatif organisés au début de l’année, l’intéressé conserve par ailleurs le portefeuille de la Défense, signe d’une concentration assumée des responsabilités au sommet de l’appareil d’État. Le vote scelle surtout la mise à l’écart d’Anita Among, figure influente du Mouvement de résistance nationale (NRM), formation au pouvoir depuis 1986.
Une éviction sur fond de soupçons de corruption
L’ancienne présidente de l’Assemblée nationale, longtemps présentée comme l’une des personnalités les plus puissantes de la majorité, a vu son influence vaciller à mesure que les accusations de détournement et d’enrichissement illicite se multipliaient à son encontre. Plusieurs partenaires occidentaux avaient déjà pris leurs distances, et des sanctions individuelles prononcées par le Royaume-Uni et les États-Unis avaient placé Kampala dans une posture inconfortable. En écartant Anita Among de la course à sa propre succession, le NRM cherche manifestement à tourner une page jugée trop coûteuse sur le plan diplomatique.
Le choix de Jacob Oboth-Oboth procède de cette logique de recomposition. Juriste de formation, ancien parlementaire de la circonscription de West Budama, il dispose d’une expérience institutionnelle solide et d’un profil moins exposé aux controverses qui ont fragilisé sa devancière. Son maintien simultané à la tête du ministère de la Défense interroge toutefois sur la séparation des pouvoirs, dans un pays où l’exécutif et le législatif entretiennent déjà des liens étroits sous la longue présidence de Yoweri Museveni.
Un signal politique pour le NRM
Au-delà de la trajectoire individuelle, l’élection du nouveau président de l’Assemblée traduit la volonté du parti au pouvoir de resserrer les rangs après une séquence électorale marquée par les contestations de l’opposition, emmenée notamment par Bobi Wine et la Plateforme d’unité nationale (NUP). Le NRM, qui domine largement la nouvelle chambre, entend afficher une discipline retrouvée et une image plus présentable face aux bailleurs internationaux. La gestion des affaires de corruption visant des cadres du mouvement constitue, à cet égard, un test de crédibilité.
Cette recomposition intervient également dans un contexte régional sensible. Engagé militairement en République démocratique du Congo dans le cadre d’opérations conjointes contre les Forces démocratiques alliées (ADF), et acteur des équilibres sécuritaires dans la Corne de l’Afrique, l’Ouganda voit le portefeuille de la Défense gagner en centralité. Le fait que son titulaire préside désormais le Parlement confère un poids inédit à ces dossiers au sein de l’agenda législatif.
Quel agenda pour la nouvelle législature ?
Les députés fraîchement installés devront se prononcer dans les prochains mois sur plusieurs textes structurants, notamment en matière budgétaire, énergétique et de gouvernance des hydrocarbures. Le projet d’oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP), porté avec la Tanzanie et le groupe TotalEnergies, demeure un dossier économique majeur qui mobilisera la chambre. Les arbitrages sur la fiscalité pétrolière, les retombées locales et la régulation environnementale figureront parmi les sujets sensibles. La nouvelle présidence du Parlement sera jugée à sa capacité à canaliser ces débats sans donner prise aux accusations d’opacité qui ont valu sa chute à Anita Among.
La question de l’indépendance du Parlement vis-à-vis du palais d’État reste centrale. Plusieurs voix de l’opposition ont déjà dénoncé une concentration des fonctions qui, selon elles, vide le contrôle parlementaire de sa substance. À l’inverse, les partisans du NRM voient dans ce choix une garantie d’efficacité et de coordination entre l’exécutif et la majorité. Reste que la longévité de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis bientôt quatre décennies, continue de structurer en profondeur la vie politique ougandaise, et la marge de manœuvre réelle du nouveau président de la chambre dépendra largement de cet équilibre. Selon RFI Afrique.
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